Apparence
Parfois je me demande si les odeurs peuvent vieillir, disparaître ou bien se gâter. Peuvent-elles vivre, assez longtemps et avec une telle férocité ? Des odeurs flottent dans mes narines comme des rancoeurs ou des remords. Je n’ai jamais aimé les bouches, elles ne sont pas assez directes, ce sont des raccourcis illusoires, des fausses pistes, de simples leurres, jamais les bouches ne peuvent être à l’égale des odeurs. L’haleine pue, un point c’est tout. Alors que la transpiration, la sueur, l’intimité des parties génitales ont une parole directe. Ce sont des sens uniques en complète adéquation avec nos putains d’hormones d’animaux ou alors se sont des interdictions d’accès. La chose est simple et clair tandis que la parole déblatère ses mensonges et ses tournures rhétoriques pour amadouer nos oreilles. La parole, la bouche, est une faux cul de première zone. Il est vrai qu’il ne vaut mieux pas tenter de renifler les aisselles au premier rendez-vous mais l’expérience simplifierait l’échange.
Et parfois, une odeur nous reste collée au fond de la narine, dans le palais, la gorge, l’estomac, partout où l’on aurait besoin de l’oublier mais où elle s’entête et persiste à rester. Dans ces moments, nous recherchons presque cette odeur bien qu’elle implique un regret ou une honte de l’avoir laisser partir. Quand l’odeur colle parfaitement à notre naseau, mieux vaut ne pas avoir une dépression en cours au risque de tout gâcher, comme certaines odeurs qui, parfois, se gâtent, ou s’amplifient de façon malencontreuse.
A la sortie du métro, cette odeur m’a pris à bras le corps jusqu’à suffocation, mais non, je m’en fous, c’est trop tard et je m’en fous, elle se laisse happer par les remontées d’égouts de toute façon et puis, non, je ne m’en fous pas, je suis simplement impuissant et dans l’impossibilité de faire quoi que se soit si ce n’est de dire « blabla, je m’en fous ». Et vive la parole, non pas le langage.
