"No one has ever looked so dead"
Rouler et filer. Des aiguillons dans les pattes et des œufs d’or dans les chiottes. Voler et porter. A bout de bras un fusil pour un coup à bout portant. Mordre et torturer. Un mouchoir en papier. Rouler et filer. Dans la campagne déserte et foncer dans les murs des hôtels, des milliers de devantures semblables, pour reconnaître leur texture. Rouler. Une cigarette sur la colline, la tête oscillante et les pieds cloués au sol pour une raison pathétique. Filer. La laine du même pull depuis deux semaines. C’est un tee-shirt. Rouler et filer, dans les veines, l’air caressant par la fenêtre et son parfum de lames d’aciers. Sale et saigné, la lèvre fendue par un accès de fièvre, suant de l’alcool par les pores, roule et file plus vite que la machine. Roule ta bosse, vieux dromadaire, et file une camel à ton chien.
older & better?
L'Absente
La vie en pente, raide, la vie en pantalon court, tombant sur les chevilles et les orteils. La nuit cristallise les toits et le couloir sent le tabac froid, insupportable. J’ai raccroché ma veste sans l’avoir mise, les manches pantelantes sans corps pour les remplir, j’ai raccroché ma veste et le vide est absurde. Assis sur un fauteuil vert, du vert des pommes à peine naissantes, assis, béat et vide de façon indescriptible. J’ai dormi jusqu’à quatorze heure je crois... après un seul verre de whiskey.
La vie en pente, en perte, en pantalon court trop long pour mes jambes, la vie absurde que voilà, je m’en mordrais les doigts s’ ils n’étaient si froids. Un jour, un jour, j’aurais pu, j’aurais fait, j’aurais été, quelque chose, petite chose sur un canapé vert, petite fille sans sa mère, dans un salon mondain trop grand pour sa solitude, trop vaste pour maugréer en toute confiance. Il y a des endroits mieux pour se torturer en paix. Il existe des corps où ancrer sa solitude, en exil sous une peau, c’est tout ce que j’aurais pu demander... Mais la peau est aveugle, le corps fracassant, et la nuit glace chaque lambris de pas que je pourrais esquisser. Adieu fortune, au revoir nausées. Quelque lèvre frôlée suffirait à me perdre.