Far & Gray
17 h
La pluie se met à mouiller les pavés menant au jardin et le gris du ciel disparaît derrière sa justification.
Pour un prochain voyage où je n’emporterai rien, j’ai vidé mon estomac dans la cuvette des chiottes, ou j’ai fait semblant parce que rien n’est plus clair, au contraire, mes tripes sont en cavale dans mon œsophage et la tête me tourne en bourrique...
Lorsque la pluie s’arrête ; l’odeur des fleurs du jardin remonte de la terre et se diffuse dans toutes les pièces de la maison, sauvagement bien rangée, où je me recueille lamentablement mal...
Mon indécision me pousse à une retraite à la limite du cléricale dans une maison hantée par le rien et la solitude habituelle. Un habitat, en somme.
Il n’est plus une page où je ne dis ces mots : « J’aime le luxe d’être seul et désespère d’entendre ta voix mais si elle sonne dans l’ombre latente d’un verre de vin blanc ou d’un séquoia à l’arôme malfaisant, je la fuis comme je fuirai la fin. J’aime te voir et déteste te regarder, c’est peut-être cette laideur soudaine qui en est la cause, ou peut-être encore un épuisement presque éreintant à force de durer. » Et je n’ai décidément personne à qui confier ma vie parallèle à la vrai, celle qui me paraît lointaine et grise. Loin de tous les premiers jours que j’ai pu vivre. Il n’y a que la bouteille à qui je peux réellement parler mais elle n’écoute que le ronflement de mon ventre avide, elle est traîtrise et dépendance mais l’esprit clair est pire encore. Il signe déjà forfait alors que rien n’est désespéré ici-bas. Seulement le flou absolue qui entrave tous choix et toute force de les faire.
21 h
Il n’est pas question de briser ces falaises déjà esquintées par la force des vagues et du vent. L’eau clapote à peine même si le vent souffle à en évider les baleines. Jolie image prête à faire la une de Playboy... Je ne peux oublier les ravins, ceux que j’aime tant longer, tant pour le plaisir des yeux que pour les autres sens. J’ai encore de vieilles adresses mais, en les parcourant, je ne pense qu’à elle. Je ne peux pas oublier. Mais je ne sais pas exactement quoi ni qui.
Je longe encore les murs et les immeubles de personnes que j’ai connues et dont parfois j’oublie jusqu’au nom mais pas le toucher, tant dans le beau que dans le viol, mais que j’oubliais peu à peu sous ses doigts. Et parfois, je sens comme une sorte de quintessence de bonheur, de liberté et de légère allégresse vivifiante malgré tous mes trous noirs et mes absences, et je sais que ces choses-là n’arriveront plus qu’en temps de guerre de ces même sens, à la limite de la jouissance lorsqu’il longent les ravins de toutes sortes de montagnes, pendant un certain moment.
Je ne peux pas oublier. Je ne peux pas oublier. Mais je ne sais ni qui ni quoi.
Je l’aimerai encore longtemps, même si nous sommes effrayés par le mot toujours mais je crois que c’est de cette façon que je veux peut-être finir, brûlé par le feu de la passion de quelqu’un que j’ai presque connue, brûlé par ce que tous, inconnus ou passants, peuvent dire, brûlé par une cigarette qui pourrait être fumée par un autre, brûlé comme une Jeanne D’Arc, par des idées encore, des idées, des Idéaux, comme la Passion en fait partie, brûlé vif et plein de regrets. Inutiles.

