L'Absente
La vie en pente, raide, la vie en pantalon court, tombant sur les chevilles et les orteils. La nuit cristallise les toits et le couloir sent le tabac froid, insupportable. J’ai raccroché ma veste sans l’avoir mise, les manches pantelantes sans corps pour les remplir, j’ai raccroché ma veste et le vide est absurde. Assis sur un fauteuil vert, du vert des pommes à peine naissantes, assis, béat et vide de façon indescriptible. J’ai dormi jusqu’à quatorze heure je crois... après un seul verre de whiskey.
La vie en pente, en perte, en pantalon court trop long pour mes jambes, la vie absurde que voilà, je m’en mordrais les doigts s’ ils n’étaient si froids. Un jour, un jour, j’aurais pu, j’aurais fait, j’aurais été, quelque chose, petite chose sur un canapé vert, petite fille sans sa mère, dans un salon mondain trop grand pour sa solitude, trop vaste pour maugréer en toute confiance. Il y a des endroits mieux pour se torturer en paix. Il existe des corps où ancrer sa solitude, en exil sous une peau, c’est tout ce que j’aurais pu demander... Mais la peau est aveugle, le corps fracassant, et la nuit glace chaque lambris de pas que je pourrais esquisser. Adieu fortune, au revoir nausées. Quelque lèvre frôlée suffirait à me perdre.

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