Que racontent tes odes
this is a tale told by an idiot full of sound and fury signifying nothing.
vendredi, mars 17, 2006
mercredi, mars 15, 2006
Férir les feuilles
La cavalerie ne vient plus et l’ardoise se remplie de broutilles et de ratures insignifiantes. Par le carreau, un nuage de pollution se lève et embrouille le ciel.
Cela fait deux ou trois mois que rien a évolué, que mon carnet est à la même place, que l’hiver persiste, que tout cela m’indiffère avec déférence. Restons noble sans nous chahuter comme de coutume, ou plutôt, soyons noble pour une fois...en oubliant les coutumes si folkloriques de notre histoire avec un minuscule hachoir. La cavalerie ne viendra plus et c’est un petit feu qui crépite encore dans un coin de cave ouverte aux quatre vents. L’ombre portée des arbres reprend un peu de netteté même si rien est jamais clair. Toutes les places au soleil sont prises, souri-je, les dents jaunes et les mains graisseuses, dans ce parc frontalier, près de cette autoroute prétexte à querelles et à divagations, presque un terrain vague mais vaguement entretenu, toutes les places sont prises comme d’habitude quand on est le dernier. Le monde entier est de sortie ou c’est une poussée virulente de touristes du coin qui croît de ce côté de la croûte terrestre, je ne sais, la seule chose qui compte c’est que je n’en ai que faire comme du décompte des bourgeons, je veux déjà être en hiver, et les combat de joue contre joue, qu’en ferais-je, et la sueur des beaux jours, je la laisse à qui en veut. Qu’importe que ce soit trop tard ou trop tôt, c’est de toute façon disproportionné et ça me désole de savoir qu’il n’y a plus de cavalerie pour venir nous sauver mais seulement un hypothétique marchand de glace qui nous fera partager notre achat, ou un casino ouvert à la bonne heure pour nous obliger à partager encore une tablette de chocolat mou.
Qu’importe au fond, qu’il fasse beau ou laid _elle aurait pu être folle, elle aurait pu être poète notre jolie histoire_ qu’importe qu’elle soit fade ou trop épicée tant qu’elle ne pèse pas trop sur l’estomac.
Accoudé au comptoir de ce genre de café où l’on vous propose de gratter des ticket PMU pour croire que la vie est belle, je fais l’état des lieux et ne trouve que quelques symboles bien français comme ce chantier jamais terminé et où tout manque, où rien est complet. Le cendrier déborde et c’est bien ma veine de me sentir si sale, après n’avoir rien fait. Trop de rien, pas assez de trop, regarde un peu la rue et dis-moi qu’il fait beau, je n’en croirais rien, comme d’habitude, je n’en dirais rien non plus, parce qu’en fait il n’y a rien à dire puisque tout cela est bien égal quand on s’y habitue. Et au comptoir, les mouches picolent les ronds de vin mal essuyés, voire non essuyés, et s’enivrent de l’odeur de chair croupissante qui radote autours des tables. La cavalerie ne viendra plus quoiqu’on crie. C’est peut-être mieux de stagner ainsi.
Croupissons en paix.

