lundi, octobre 31, 2005

Rédemption

L’autre couillon, il se grille encore les doigts à trop vouloir paraître, cet être fort, complètement terrorisé, lui aussi. L’aération est allumée, à fond, mais l’odeur me parvient par bribes, une odeur de pourriture, de vieux estomacs marron à trop cracher, de vieilles tripes. Encrassées. Pétées à l’adrénaline merdeuse. Des poux dans les oreilles, ouais, des furoncles de conneries par dizaine. On ne change pas, je sais. On ne change pas. Et ce petit con est mon frère. Et cette merde qu’il absorbe, moi je la vendais.

Laps [3]

Maintenant, joue. Un nuage passe, lentement. Il n’a pas l’air d’être accompagné. Seul dans cette immensité du ciel, parcouru de sa seule présence. Rien d’autre. Rien. Un oiseau tourbillonne, tranquillement. Le vent semble s’être apaisé lui aussi. Alors joue. Joue contre le sable, le corps aplati, paume contre le sable, les côtes s’enfoncent dans le thorax. Alors, arrête.
D’un coup d’œil, on ne peut voir qu’une parcelle du bleu lancinant, presque vert, de cette pâte lisse et distendue de la mer. Etalée en longueur, lascive dans son écrin de sable. Elle dormirait presque. Une seule ombre sur le sol, celle de l’oiseau. Il tournois encore, sans s’essouffler, les ailes bien planes, le bec en avant, sans un cri.
Le vieux manège forain a encore cramé la nuit dernière, y’a-t-il des nuits ? Non, rien. Sa cloison usée ne s’est pas effondrée partout, il reste des planches debout, intactes, peut-être étaient-elles trop humides. Sa peinture rouge s’est écaillée au sommet, sur la moitié de son chapeau n’ayant pas subi les flammes. Les planches peintes en blanc cassé n’ont pas aussi bien résisté. L’ossature nue laisse aux regards la vision de ce squelette bruni, voire noir, charbonneux. Là-haut, l’oiseau continu sa ronde. Comme une charogne au dessus de son vieux manège de proie.
Maintenant, tente. J’esquisse un pas, ralentit par la lourdeur
du sable, du soleil. De cette atmosphère épurée, sans air. Sans courant. Non, rien.
Alors, tente. Je soulève un bras pour me protéger des cognements infernaux des rayons solaires et me relever, en vain. Une planche du manège dégringole dans un fracas sec. Pris de surprise; non, rien. L’oiseau lance son râle, strident, le premier. Qui a rompu le silence en premier ? Alors, arrête. Je suis prêt à me lever mais rien à faire, vraiment. Tout s’est paralysé ici, je ne sais quand, y’a-t-il eu un temps ? Alors, arrête.
La longue traînée bleue de la mer ni ne remue, ni n’émet de bruit. Son aura terne semble être la seule à comprendre. Le nuage et son contour de coton effiloché a disparu, laissant le ciel uniforme, irrémédiablement vide. L’oiseau ne s’est pas s’arrêté. Comment fait-il pour planer, sans vent. Dans ce vide.
Cette plage vide.

Tu sais ce qu'on dit alors ?
"En joue!"

dimanche, octobre 30, 2005

When I'm lying in my bed

Quand je dors, tout ce que je veux c’est mon lit, mon sommeil, mon apoplexie hors de secousses brutales. Je veux juste dormir, les bras dans les pétales des plis et des housses, le matelas en marque digitale, la couette entre deux jambes. J’ai besoin de ce sommeil, une fois pour toute, avachis, déconfis, terrifié, il me guette à l’abris, dans des ombres et le creux, les tempes se resserrent prêtes à engloutir mon cervelas gras et mou, leur apparence n’a que faire des civilités, tout ce que je veux c’est dormir. Quand je suis dans mon lit, tout ce que je veux c’est ne pas fuir son empreinte, son parfum de sueur mêlée à la salive, sa paresse frelatée, sa fringance passionnelle, plonger dans ses ressacs sans plus de volonté à part celle de ne pas en sortir, frôler la dépression, j’aimerais, être dans ce lit, et le noir, et le jour, et les nuits, et les petits matins clairs électrocutés aux murs de la chambres, à l’extérieur de mon coma doucereux, me finir à l’extincteur et faire germer des cicatrices de rêve, quand je suis dans ce lit, ou un autre, tout ce que je veux c’est y rester. M’engouffrer dans l’orifice du sans retours, la main paralysée sur ce matelas moelleusement absorbant de tous contours, les hanches écartelées dans sa couche de poussières et d’acariens jaunâtres flottant entre mes cheveux tombés. Je veux manger ces draps, m’étouffer de leur présence pas rassurante du tous, pas amoureuse, et encore moins échappatoire, non, elle est folle et mauvaise et rancunière et puante, son haleine a le sang chaud des jours de règles féminines, sa seule tendresse est celle d’un cadavre silencieux mais pas autant, pas assez. Les draps crissent quand on les assomme d’un coup de rein mal lancé, les oreilles bourdonnent à l’écouter, son mugissement est celui des tritons sourds au repos. C’est le plaisir de la douleur ancré dans la solitude des draps, quand je dors dans leurs replis, ce n’est que lui. Tout ce que je veux c’est dormir, aujourd’hui et demain et après, ne plus avoir la force de me relever, me quitter sans un mot, les mâchoires relâchées, décontractées. Assoupies. Et plus encore. Laver de l’extérieur et fumer mes démons internes, mes insanités profondes, je les veux dans mon lit et les baiser toutes d’un coup un seul, un coup pour toutes et tous, de la bouillies pour bébé dans les neurones, quelque chose de sec comme un coup de feu.