L'arrache-coeur
Une vie en demi pente
La lumière absente
Un pavillon de brique, du lierre
Quelque part sur terre
Une vie en demi teinte
La lumière absinte
C'est toujours le même film qui passe
Quelque part sur place
Novembre toute l'année
Toute l'année c'est novembre
Le ciel est blanc
Le ciel est blanc cassé
La pluie à contre jour
le temps des retours
des grands départs dans l'autre sens
quelque part je pense
Novembre est éternel
la vie est presque belle
les souvenirs sont des impasses
que sans cesse on ressasse
Novembre toute l'année
toute l'année c'est novembre
le ciel est blanc
le ciel est blanc cassé
- Benjamin Biolay-
Biffure
J’ai pleurer dans tes bras, pour une fois qu’on peut se laisser aller. Emporté dans ton étreinte rassurante mais il n’y avait aucune crainte. Seulement ces étreintes contorsionnées dans le temps, qu’il s’approche ou qu’il s’éloigne, seulement ces étreintes. Bien sûr, j’ai peur, bien sûr j’ai honte de cette rivière salée à laquelle tu t’abreuves, passant ta langue douce sur les sillons sales de mes larmes comme pour cicatriser une plaie sur laquelle le désarroi ne trouve pas d’autre remède à appliquer. Pourtant, ce n’est pas un réconfort que je cherche, ni une preuve, ni même des promesses et encore moins des projets. Ce n’est pas non plus de la peine, plutôt son inverse, je t’aime à en pleurer et pour une fois qu’on peut se laisser aller.
Epouser ton visage de la paume de ma main. Garder tes traits quand il n’y aura plus qu’eux, j’y ai songé en fendillant mon mur. Tes traits d’écriture élégants, tes traits comme ces armes qui ont traversé mes écumes, savourant successivement la peau, la chair et les vieux démons. Tes traits de visage, trop aimé pour que je m’en souvienne, traits de détresse sous mes yeux à cette pensée. Sarah, personne n’est parfait et adopter le ton juste et les idées rationnelles est trop contraignant. Même à vivre au jour le jour, des taches du plafond se détachent des formes ovales, beaucoup trop courbées en sachant qu’il faudra, un jour, tracer un trait. Pauvre bête humaine.
Apprendre à parler avec les doigts.
A few of us
Optimiser les capacités de ressources défragmentaires. Allers venues discontinues et rejoindre les grues en maillot de corps, trempés par la beauté absolue des tendances, en lisant une autre époque qui n’était pas tout à fait différente. Clore les critères sur une bouche généreusement tendre, le débit d’impatience est-il proportionnel au temps passé ensemble ? Hypothèse frauduleuse et mains trop agitées.
Suivre les contours de tes hanches entre les brindilles d’herbe rase et la vie macroscopique cachée dans les terriers creusés par la sècheresse.
La soirée a un goût de champagne solitaire mais, incontestablement, pénard.
A nos frais
La bonne étoile s’est pendue.
Accrochée par les narines aux crochets du ciel, elle pendouille, petite chair flasque misérable. J’ai rien pris, tout laissé ; les clefs sur l’étagère, les sous, de toute manière y’en avait pas, la porte ouverte, et j’suis parti. C’est idiot de courir au dehors avec le risque de grillade permanent. Alors j’ai emprunté les ruelles, les petites, les sombres, un peu crades avec ces journaux étalés sur les trottoirs. Un refrain respiratoire pour rythmer chaque pas, chaque bond, tressaillir en heurtant un pylône électrique. J’ai à m’éloigner, à déchanter, à me cogner ; de la violence physique mais morale, je peux pas. Mutisme du monde, mutique des sentiments. Laisser passer les noms aux lettres blanches sur des cadres bleus, continuer tout droit et dériver au prochain rivage. Je chancelle contre un mur, découvre une autre issue et m’y projette en haletant, continuer dans la démence sans but, errance accélérée, je repasserai tout ça au ralenti plus tard.
Je rêve seulement d’être un peu ailleurs que là-haut. C’est un beau jour, étincelant, aveuglant et écrasant, parfaitement rêvé pour beaucoup. Rien ne nous attache, tout nous attend, ou nous attendons tout. C’est un beau jour, derrière le voile de la sueur.
Allez, il y a de l’eau un peu partout, faut pas s’en faire, il y a de l’eau et de l’acide à diluer dedans sinon.
Tu m’attrapes et m’emporte sous une encoche au ciel. Au frais de tes lèvres.
Göttliches fäulnis
J’aurais du dire quoi peut être ? Que c’est plus des membres mais des lamelles de tissus mal découpées, que c’est ailleurs qu’il ne faut pas chercher. Dire quoi de plus que ce rien qui emplit tout et tant de creux. Tant pis pour moi. Tant mieux pour ceux, qui veulent. L’été s’abandonne à son orgie sexuel, prêt à se branler sur ses touristes cambrés sous l’extraordinaire volume et force de son soleil. Il me débecte de voir des marmots frapper aux arbres avec des brindilles et cogner des portes que personne ne pourra ouvrir. De toute façon, j’entends les basses lourdes gazouiller dans les cimes et se prendre les cordes dans les feuilles en gueulant. C’est pas leur faute si elles sont demeurées à ce point. Y’en aura d’autres.
L’air s’agite, lui aussi, en attente d’une possibilité de dégobiller ses pires repas rancis ou tout simplement, de déverser ses digestions mal passées. Infecte, comme d’autres, et les éléments s’y mettent, en cadence dans leur danse orgasmique, presque fières de farcir le con de toute les créatures à deux pattes qui osent encore gambader par cette âpre chaleur, tous sur les mêmes 200 m² d’un coin de la ville.
Une sorte de plénitude incomplète s’étend et caresse les fesses des voyeurs masqués par les ombres rafraîchissantes des faux acacias. La tête collée au macadam, il fut des années plus froides, eussent-elles été les bienvenues ce jour ? Ce jour déjà assez froid pour ternir l’éclat des graviers. Un filet de sang noirâtre s’insinue dans une ramification du goudron formée par la poussée d’une des racines des rares chênes plantés là. C’est un détail. Mais sans lui nous ne serions pas, grelottants sur une herbe chatouilleuse, ces inconnus, peu à peu éloignés malgré eux ou, bien qu’il soit déjà assez tard, restés étrangers.
Toiser du regard quelques terrassiers intrigués, il n’y a pas de suite pour ce genre d’histoire.
Die Spritze
Sa voix est rauque, son ton morose. Je sens son visage creux, inquiétant parfois. Entendre ses grognements, je pense l’avoir réveillé. D. est encore l’un de ces grands déprimés qui gardent leur peignoir la journée et n’ont même plus la force d’aller se shooter le soir. Tenter de le déloger en sachant ne pas pouvoir y arriver, les pessimistes ne s’aident pas entre eux, et tant qu’il n’est pas passé au suicide, il peut encore périmer un peu... Et puis, j’ai les yeux cernés d’une nouvelle effervescence terne et sombre. Une chaise patiente, désolée, isolée, sous deux palmiers en pots et des carrés de cartons griffonnés. Ces dalles de pierre étaient presque tranquilles ce matin. Et puis, j’ai senti une ombre portée. L’ossature cognée à la barre de sécurité, je ne sais pas si on peut la décrire ainsi, la barre dévoilant entre ses trous de rouille brunâtre, des couches de peintures qui furent certainement d’un bleu clair vif dans les années 80, ou dans une période où ce genre de couleur était encore affichable sur les bâtiments publiques et les aménagements des berges des fleuves, mais qui aujourd’hui passerait pour un bleu décoloré comme l’une de ces blondes brunies à grands coups d’UV et toujours munies d’une paire de soleil même en cas de mauvais temps, d’un pantalon blanc au volume largement saturée et, de préférence, d’un chien minuscule et hargneux qu’elles portent entre leurs bras dès qu’il se trouve des escaliers trop impressionnants pour que leur toutou puissent les grimper. Mais je m’égare.
Une ombre portée sur mon ombre par la lueur précise d’une fin de matinée. Et puis, je m’égare. Egrener les heures en se décolorant le moignon de cerveau restant d’une nuit tout aussi misérable pour l’un que pour l’autre.. Chacun contre soi et les contours s’épousent. Mes félicitations.
Point
Coup d’poing dans l’estomac. Un coup d’poing percute mes os, les disloque et m’effondre. Obligé de se relever en titubant pour ne pas s’étouffer. C’est le coup de poing pionnier, l’étranglement vicieux.
L’air devient irrespirable à force d’être encerclé de noeuds de fumée. Je suis pas obligé d’être présent. J’y ai laisser mes mains un soir d’automne, mes mains sacrées, mes instruments, mes couteaux, mes lendemains. Mes mains qui s’effritent maintenant au moindre coup de poing. Faux filet qui ne rattrapera rien.
Piètre
Je pousse un peu la terre devant moi. Des éboulis tombent sur les draps. Sors de ton trou de taupe et vois la lumière. Lumière d’absinthe et d’absente, encore. A peine le temps de déglutir un jus de pêche encore frais et voilà la journée écoulée. De plus en plus tard, les étoiles s’ouvrent les veines et glapissent leur miséricorde. Un penchant pour l’extrême, abruti par des astres. Désastre amoureux.
Dummy dud
J’attends ta venue,
Tapi sur le matelas nu;
Nous jouons les vers
Que nous avons appris,
Avec d’autres envies
Que celle de nous taire
Robinson
E. me fait penser à une épave. Un vieux voilier flétri. J’ai aussi l’esprit engourdi. Les rêves, les songes, tout ça ne vient plus si facilement. Des phrases coupées, en quantité, bien plus qu’en qualité. Et personne ne me coupe la parole. Quelle semaine abjecte.
Se retrouver dans des nénuphars. Vieilles pierres fidèles à leur place, goût de déjà vue, en plus prétentieux. L’heure sonne avec la basilique et un pinson fredonne : « c’est le moment, dans un instant, il n’y aura plus personne. »
Séjour
Bulle gazeuse de l’atmosphère. J’ai l’impression d’éclater de petites cloques dans les poumons. L’hémoglobine se répand et s’immobilise, un filet d’eau le long de la colonne. Corps lourd. Tête lourde. J’ai failli tourner de l’œil. Sortir de là le visage blême et la respiration haletante. Ces jours à l’hôpital pour l’anesthésie de toute lucidité.Trouver un peu de réconfort à cet état hybride devant un verre incolore et une folie slave. Follement réjouissant pour solution à tous malheur. Un verre de vodka. Voire deux…
Où trouver un filet ?
Sans se rendre compte, deux corps allongés, lentement. Ca ne fait pas le poids. Tu es l’or, le démon. L’autre, le rivage. La cime, le souterrain. Et ça ne fait pas le poids. Ces jours ont une langueur loin de toute poésie. Je ne peux pas dire monotone, pas atone si il en fut. C’est la lourdeur de la dénégation voilée dans une fatigue sans nom puisque je n’en trouve pas. J’emboîte mes pas, les empile, harmonise le tout à coup de ciment compacte. Et rien n’a la force de s’écrouler. Tu es la source, la sècheresse. La fabuleuse et la raison. Mais ça ne fait pas le poids.
Voeux avares
Néant béant des yeux. Fixes l’eau fixe et plus rien ne te fixera. Une famille de volatile végète entre les mousses gluantes et la vase.
Silence outrageux. Je ne sais pas, je sais peu. Ce sont des choses qui arrivent. Poses tes mains sur mon corps et pardonnes cette humeur versatile. Elle a sa griffe de faïence incrustée dans mes creux.
Papillon de temps sur les papilles. Lente agonie. Lente. Et les lanternes brillent et je fuis leur éclat. Cafard ostentatoire, mauvaise graines de l’oppression. Cuisson sous un soleil d’été, déjà. Pas loin du monde, mais cette journée ne pourra pas être tout à fait agréable.
Nous serons encore côte à côte ce soir. Et je voudrais encore, dire et demander, connaître cette inconnue, comprendre cette langue étrangère.
Néant béant des yeux au ciel. Ruines romaines pour les ruines de l’esprit.
sympathie for simple mind
Mauvaise graine. Tu as pris la mauvaise voie. Dispersion et impossible de m'accrocher à quoi que ce soit. Marcher. Ce silence-ci et ces doutes las. Mais c'est une mauvaise humeur simple.
Vater
Du tust weh.
Enclencher les accrochages. Collision d’électrochocs. Nous étions neutrons d’un plutonium cadavérique. Des secousses dans les muqueuses. J’ai peur d’une chose banale et bête, un peu. Ne pas être à la hauteur de ses épaules. Cet être idéalisé lorsqu’il raconte ce que tout le monde ignore. A vingt ans , il était déjà vieillard et une ribambelle de mioches attendait qu’il apporte le repas. A vingt ans, à peine, il était déjà seul sur des engins divers, à la frontière de l’Inde. Et qu’est-ce que je suis en face ?
Frêle esquif à la dérive de sa déprime dans un temps d’assistés. Les époques ne sont plus les mêmes, c’est idiot de s’en faire pour ce qui n’a pas lieu d’être. Mais j’ai peur pour si peu de chose. Laisser les armes fétides des honteux divaguer sur l’océan des herbes jaunies et rengorger les verres tranchants.
Se démembrer dans un vieux cinéma. J’aurais peut-être pu déambuler ailleurs, mais le temps ne change rien à l’affaire. Peaufiner mes envies en écoutant le bruit métallique de la pellicule se faire rembobiner. La bobine percute mes esgourdes, n’aidant pas à une plus grande lucidité.
Génération de paumés, voilà tout ce que l’on est. Voilà tout ce que je suis. La chute est longue et ne finie jamais malgré les soubresauts inattendus, parfois. Malgré cela.
Refermer les yeux en ne sachant que dire, que penser.
Fais. Ce sera déjà assez.
Averse
Il est déjà 14 heures. Je comate encore cinq minutes, me lève et dévale les escaliers avec la fougue d’une limace sur un voilier. Je me ramasse sur le carrelage et dénombre les réserves. Un croûton d’pain, un billet d’cinq et un pull sans trou. La course se poursuit jusqu’à la douche où je manque l’ébullition qui me ferait revenir à la matière liquide d’avant toute naissance ce qui n’est pas vraiment le cas puisque l’ovule n’est pas plus liquide que le spermatozoïde qui m’a formé et que si tout ces organismes s’étaient solidifiés, cela voudrait dire que je suis issu d’une transformation chimique mais en fait, j’en sais foutrement rien et je vois pas pourquoi on serait pas liquide avant d’être une moitié de gamète femelle et d’une autre mâle.. Retard interminable, donc.
Je zigzague un moment dans un début de boue qui ne deviendra pas plus liquide que les cellules citées précédemment. Une chance pour la banquette où je m’étale de fatigue après ce long et éreintant trajet de 30 mètres. Bouche ouverte devant la baie vitrée durant un quart d’heure. Quelles pensées à la pureté et aux buts reposant d’une universalité majeur me vinrent à l’esprit, embué dans leurs rouages, dans cet espace de temps propice à la méditation philosophique… ? Je me le demande encore, mais pas trop au risque de replonger dans une somnolence quasi hivernale. Le somme ne me quitta point de cette frustre journée, à en devenir un inquiétant poids.
Plonger dans les roses et s’écorcher les bouts des doigts par la suite. Un parapluie pour deux et la nuit se poursuit sur ses genoux accueillants.
Boite morale
Encore un. Filer les heures et la dernière me fige dans une mélancolie étrange. On dirait un lundi soir. Fixer le vague sans faire le vide. Quai brillant, j’aurais voulu aller au parc…
Dagegen
La piaule s’est faite désertée. L’esprit liquéfié. Hier, des fumeurs de joint (le joint n’a pas tant d’importance) gueulaient comme des veaux ratatinés au fond du métro. Le fait de se sentir impuissant devant tant de fanfaronneries m’est révulsant. Pas la force, pas la témérité pour les envoyer balader dans leur cuve de pétrole rance. Pas même le courage et ce n’est pas tant à eux que j’en veux mais à moi. « Aucune volonté ». Si, une. De papier. Regarder le bout corné de la couverture des Fleurs bleues.
Ce n’est plus hier mais j’ai honte. Et puis ce n’est plus mon affaire, le pollen en flocon de neige sur les toits, étirer les doigts de pied dans la chaussure. Ce n’est jamais l’affaire de quelqu’un en particulier.
Etioler mes pensées inutiles sur le fleuve. On rêve d’union quand le ciel change d’avis au coin du trottoir. Union libre, union monétaire, trait d’union et oignons frais. C’est toujours un point qui couronne le tout. Sarcasmes populaires, faire la planche sur une chaîne rouillée. Et demain ?
Une vieille me fend de ses narines. Tout le monde se méfie de tout le monde de toute façon. Ich bin noch dagegen. Contre ce regard qui change à chaque changement d’espace et d’apparence. « Tu te trompes de mâle, pauvre cloche… »
Ticket dans une poche pour changer d’air, ou seulement pour voir. Pour voir pourquoi je ne m’y suis pas joins (vous voyez que le joint n’a pas tant d’importance significative) alors que j’aurais peut-être aimé. Regarder et lorgner du côté des quais. Crachin de boulevard et parapluie pour une. Pas facile de convaincre qui que ce soit quand on a aucun argument. Et surtout quand on a les miens. Prétexte banale et, finalement, passer cérémonieusement sous un temple suisse en reniant mes origines aztèques. C’est si peu engageant de voir la foule. Passer plus de temps, c’est même pas une vraie excuse. Seulement te voir. Qu’importe l’horaire.
Déambulation des mandibules. A quel age suis-je, s’il vous plait ? L’originalité m’avait plu, le titre, un peu moins. Elles sont arrivées, l’air de celles qui ont accomplis quelque chose, parfois, je leur envierais presque. Mais pas tellement. L’air d’avoir fait quelque chose, de leurs propres mains, de leurs propres voix. De leurs voies. Et à part pour faire la bouffe, je me sens à taire en face. Et un peu plus sur terre, aussi. A quel age suis-je, s’il vous plait ? L’entrée m’avait plu, la salade blanche, beaucoup moins, l’entremets m’a esquinté les chevilles et le plat romain m’a endormis. Dévorer les livres fut salvateur, boire des mixtures rosies fut apaisant, mais retourner dans l’ombre d’une forêt noire a achevé toute digestion. Taquiner quelqu’un d’autre dans les couloirs sombres, et sentir ton cou beaucoup trop près. A défaut de réjouissantes, les festivités furent attendrissantes. Oui, même touchantes. Mais je ne me sens plus vraiment l’age, ni l’esprit. C'est dommage.
Pressure
Trop de plaisir à engloutir
Trop de satyres
A fuir
Tu crois que je suis encore là ?
Mais je rêve d’expressions
Plus ou moins directes
M’expédier au néant.
Des couards du rire
A déguerpir
Des martyrs
A assoupir
J’embrasse, je fond, ton expression
Ne vient pas jusqu’à moi
Trop loin déjà
Expédié, les pieds devant.
La conduite à tenir devient aveugle,
Orbite compressée contre orbite
Tu regardes trop dans l’œil
Et c’est la serrure [de la braguette] qui compte.
Trop de pire
Pas d’Empire
Tu empires
La ligne de mir
T’as mis ta crosse au mauvais endroit,
Tu te goures encore de saison
Les oiseaux flottent le ventre en l’air
Je rêve de leur expression.
Les écoutilles ne tiennent plus
Et c’est le vin qui se déchaîne
Pauvre marin de lavabo
Tu vas finir par perdre haleine
A courir contre les montres
Orbites compressée contre orbite
Flingue contre oreiller
Et c’est pour quoi, déjà [les hontes] ?
Trop d’émir
A affranchir
Et des satyres
A déguerpir
Tu colles le derrière des choses
Sans allez de l’avant
Tu rêves d’expressions pénibles
T’expédier tout seul ? Pas encore plausible
A force de se prendre pour cible
[on se rate à chaque fois]
Tendre terroriste
Traverser la ville dans un matin frais mais pas froid. Verres frottés des yeux, les ouvrir plus grand en regardant ce visage dans la glace. Un moment, je ne me suis pas reconnu. Le coup classique, à force de vivre avec moi. La ressemblance est étrange. Même air blasé. Ahuri. Creux et presque sale. Mais surtout creux.
Bras de l’eau embrassés par l’aurore baroudeur. Embarqué dans une bourrasque peu accueillante, c’est encore les trames et leurs miroirs qui sonnent creux. Paillettes de rayons sous les arbres. Creux.
Creux au ventre et pas lointains. Profiter des quelques minutes sur lesquelles je peux reposer la tête. Un peu de forêt à piétiner de silence.
Schneller
Des archets me traversent la tête en foutant tout en l’air et des bulles meuvent sous ma peau, bombant le tissu clair en des cercles imparfaits et durs au toucher. Je les sens pousser fort pour s’extraire de moi et se déplacer entre les côtes, en faire le tour, remonter le long du cou, redescendre par la colonne vertébrale, se rencontrer parfois et émettre un frottement de succion lorsqu’elles fusionnent et prennent une taille plus importante encore.J’ai aussi pris part au gloussement d’une fontaine et à un théâtre gonflé, soufflé, cuit… mais pas assez.
Et des archets me traversent le crâne en suintant par les oreilles. Pousser sur les murs.
Meinung
BlackMamba
Le réveil indiquait 14h00 quand ma tête déconfite s’est tournée dans sa direction. Poire rapiécée au rasoir, de quoi avons-nous l’air parfois. Tous le temps. De quoi avons-nous l’air.
Bouquet bêlant
Un coup de sécateur sur les cosmos, jardin d’humain au nom du ciel.
Un coup de ciseaux sur les prévisions, organisation débraillée tout autant que moi ce matin de nuit blanche, prison de bras venus remplacer les murs et le chat sur l’oreiller. L’hivers est loin déjà et j’en viens à le regretter. Pour la veste fermée. L’été est déjà proche et j’en viens à y repenser. Pour la chemise entrouverte. Chaque geste, un peu, s’éloigne. Chaque œil, plus près, se toise. Il y a un an, il y a un siècle. Dans un an, dans un siècle. Tapote la porte sans entrer. Claque la porte sans la fermer.
Et ce flottement.
Couper des cosmos et caresser les écailles. Jardin employé à m’occuper ce soir.
Employer de masure, arroser le ciel. Contempler l’azur.
C’est pas si moche. Quoique.
(Co)matheux
« Tu vas rire », elle dit, « Tu vas rire ». J’aurais plutôt envie de m’enfermer. Dégringoler l’échelle de l’estime de soi que je n’ai pas encore monté. Les vitres défilent et je vais faire ma ronde pour des limites plus à ma portée, je suis terrestre (oublions le parfois). C’est le ciel mon plafond que je fixe en bullant, et cette eau verte (uniformisons les couleurs) est mon écran. C’est ton corps, mon linceul, et si ce n’est pas ma mort, c’est celle de ma trouille. Je ne voulais pas ressentir comme ça, encore aujourd’hui, l’empreinte de tes doigts m’enserrant la gorge, mangeant mon souffle et aspirant mes veines. Je ne croyais pas pouvoir ressentir comme ça.
« Tu vas rire », elle a dit, « Tu vas rire », mais pas pour ça. Scruter les ombres entre les ombres, les pieds qui dépassent des nuages et les anges trépassent sur l’Autostrass. Les cons.
Eyes get close
L’écran allumé jusqu’aux premières lueurs du jour. A quatre heure, les oiseaux s’égosillent déjà, battant leurs ailes comme je bat des paupières. Instants fanés de velours, l’arc en ciel fait un détour et se miroite dans les contours du nouveau continent.. Finir un livre d’amour inconstant et s’endormir enfin (pour ne plus voir le soleil, j’aimerais.)
Continuer à bouquiner au fond du lit, la fenêtre close et les brumes jaunes s’évaporants peu à peu. Ce n’est pas un jour pour dormir mais ce n’est pas non plus un jour particulier. J’ai du Mal, parfois, à lester.
Tasser les épines des sous-bois de nos semelles, même quand il n’y a personne, il y’en a trop. Le nez dans un foulard, le cou tendu sur une épaule, tu peux le briser ce pantin là, ce qui est invisible, tu l’as déjà dévasté et les vases se fendillent à force d’être emplit.
Rester à l’abris des rayons, peau nue de nos deux corps enlacés pour seule sphère de silence. Les échos vides du couloir quand tu es partie encore en retard.
Quand cessera-t-on de se rêver plus de temps alors que l’on prend même celui qui est déjà mort.
Le couloir a des échos inaudibles. Piquer du nez sur des lettres ingrates en forme de chiffres, c’n’est pas un jour pour s’endormir. Mais pour fuir ?
Freiheit für Nacht
Dévaler les escaliers, la respiration coupée et un pétale papillonne autour de mes paupières. Pressé mais pas tellement. Festoyer avant la guerre, c’est un peu rapide pour enterrer les défaites…
Scotché entre deux ascenseurs et un pétale papillonne dans les allées. Pressé mais pas tellement, voulais-je te faire attendre. Voulais-je ne pas me faire comprendre. De toi ou d’autres, tu le sais bien. Tu sais bien ce que je pense de ces choses là mais j’ai du mal, parfois.
Le soir, passer dans le couloir sombre. Echos du silence à mes oreilles, faire une cuisine fade sans regarder la recette. Laisser faire l’instinct.
Moi qui me croyais un Saint
Moi qui me croyais un saint
Il m'est apparu
Que j'ai un côté malsain
Donnant sur la rue.
Sous mes lunettes en écaille,
Je louche un p'tit peu
Du côté de la canaille
Timide et honteux.
Et du frêle collégien,
Je quitte l'emploi,
Mes pas dans ceux des vauriens,
En marge des lois.
Moi qui me croyais un saint
Il m'est apparu
Que j'ai un côté malsain
Donnant sur la rue.
Et je troque l'auréole pour une casquette
Et les fumées de l'alcool
Dans une guinguette.
J'vais fêter mes fiançailles
Avec le milieu,
Loin des beaux quartiers d'Versailles,
Dans les mauvais lieux.
Je vais jouer au jardin,
Oui, mais quelquefois
Je mets de l'eau dans mon vin,
Je tourne et je bois.
J'troque mes lunettes en écaille,
Mes lunettes de bleu,
Je deviens Jésus-la-Caille,
Baron du milieu.
Et les filles du collège,
Hautaines autrefois,
Désormais me font cortège
Et jouent avec moi.
Moi qui me croyais un saint
Il m'est apparu
Que j'ai un côté malsain
Donnant sur la rue.
Sous mes lunettes en écailles,
Je louche un p'tit peu
Du côté de la canaille
Timide et honteux.
Mais pour sortir du bottin,
C'est moins dangereux
D'être doucement cabotin,
De rêver un peu.
-Thomas Fersen-
Marche
Quelqu’un marche sur mes nerfs.
On tape contre mon dos. Une feuille encore et ce foutu vent chaud. Une masse de pollen est agglutinée sur l’eau, à la dérive et moi je perds le fil. Un seul fil.
Pas tous, pas trente-six, pas deux, un seul. Unique. Qui tient encore. Seul. Fragile. Entre deux roches ou deux ravins. Nous sommes funambules sur une corde à linge, ou nous sommes ces vieux chiffons assez secs pour être détaché.
Il est, ce fil. Il est. Jusqu’à ce qu’il se torde enfin. Qu’il se brise, ou qu’il se casse d’avoir été trop tendu. Seul, entre deux ravins. Il est, pourtant, il est. En attendant sa fin. Proche.
Entrecouper chaque mot même en écrivant. Ca ne ressemble plus à rien. Détritus et résidus de phrases mâchées avec des petits cailloux coincés entre mes gencives. Le goût du sang n’est pas celui que je connais, plus gras ou plus huileux que celui qui coule dans mes veines habituellement. Une pierre trop grosse déchire mon palais, mais tu ne vois pas que ça saigne vraiment ? Va cracher c’qui est dans ta bouche au lieu de rester bêtement hébété devant les gouttes qui s’écrasent à tes pieds ! Crétin, diras-tu encore sans que cela change quoi que ce soit. Je suis isolé dans mon sommeil, conscient de la tache rouge qui se forme, atteins par la douleur mais immobile, salement immobile.
Ah ! La baffe s’est écrabouillée contre mon oreille, la rendant encore plus sourde qu’avant. T’es taré ou t’es pas comestible. Ni l’un ni l’autre, je suis mal voyant. Et si, en plus, tu ne comprends pas le message, c’est qu’il y a un problème dans ta caboche, tête d’enclume, mais j’ai beau parler, je dors toujours. Un oiseau noir fend le ciel et tranche une lamelle de nuage sur son chemin.
Quelque fois, il y a un visage qui passe sur mon front, un peu blanc, lui aussi, un peu terne. Un peu cassé. Un peu pressé. Sors de tes sangles, toi, prends ma taille ou seulement un pan de ma chemise et la lâche pas, je t’en pris. Accroche moi. Mais ne m’attends pas surtout. On retrouverait ta trace en suivant mon sang.
Please could you stop the noise I’m trying to get some rest...Quelqu'un marche sur mes nerfs.
Mai défunt
Des nuits chaudes passées sur le toit. On tambourine à mes viscères, j’ai l’océan du soir qui remonte tout en haut, sur l’échafaud, jusqu’au trottoir d’en face. Quelque chose se coince dans les tuyaux de mon corps, et la fumée amère sature mes pensées. Odeur du soir sur les boulevards, la lumière tue, elle tue comme je respire, aveuglément, insidieusement. Lumière dans les yeux, pourvu qu’elle s’éteigne, que cette clarté cesse. Et que l’on tambourine dans mes viscères comme personne d’autre ne saurait faire.
Mai joli, tu sens des fins que j’attendais.