lundi, août 29, 2005

Eclipse oculto

C’est un bateau lent qu’il me faut ce soir, un bateau lent, plus lent que le mouvement insatiable de la planète, plus lent que la rotation lourde des astres qui nous illuminent, un bateau lent sur n’importe quel fleuve pourvu qu’il ne fût pas stagnant. Rêvasser sur le pont en comptant les insectes qui s’agglutineraient sur sa proue, c’est un bateau lent et dérisoire qu’il me faut ce soir. Une douce illusion tranquille dans son bel écrin de roseaux et de nénuphars, j’ai l’âme rêveuse quand elle se tourmente. Nous étions encore en terrasse à paresser devant nos consommations tandis qu’un chat énorme se glissait entre les jambes des passants, nonchalant et pas affecté du tout des cris d’admiration poussés à sa vue. Dans une bouche, une pomme, et dans l’autre quelques soupirs de mélancolie impassible et immuable. Une coque de bouteille, encore. Avaler par l’égout.
Un bateau lent, à la dérive sur un fleuve, qu’importe son nom. En son flanc des initiales inconnues, le prénom de la fille du capitaine, ou son amante. Qu’importe son nom, là encore. Un prénom féminin sur un fleuve au masculin et au tempérament affectueux sans être sentimental, tant qu’il mène la danse.
Les horaires des TER sur un coin de la table, un amant et un mathématicien à l’autre bout. S’étonne-t-on encore de la vie si paisible en ces temps incertains ?
J’emporte mon sparadrap, enrubannant mon tour de crâne. Quelque soit l’escale, la coque tangue impassible et égale à elle-même, une coque en bois de noix, une coque de noyer. Le bon mot.
C’est un bateau lent qu’il faut ce soir, traînant son ancre dans l’épaisse peau de l’eau, un sillon en échos se forme et s’éloigne mollement. De la cabine sort un grésillement de radio.
Nous étions tout deux assis face à face et nous sommes levés, avons marché jusqu’à la place abondamment fleurie et envahie qui nous fit office de manège pour nos tours supplémentaires du soir. Des p’tits tours des doigts froids autours des mains minuscules. Des p’tits tours du poinçonneur du coeur en occas’ chez l’ fleuriste. Tu tiens ma main comme si on allait te l’arracher et j’en rigole en demi teinte, j’ai les dents jaunes depuis quelque temps. Et ton sac est encore fourré d’un pot de colle en tube jaune et de stylos en effusion. Une trousse de pharmacie remplie de sécateurs tranchants.
C’est un bateau lent qu’il nous faut, au corps et à l’âme, elle redoute l’orage quand elle est tourmentée. C’est un bateau lent qu’il faut se soir, trouver la côte où se noyer.

jeudi, août 25, 2005

Eat the ground



Grausam is the ground

"Es ist gut, einsam zu sein, denn Einsamkeit ist schwer ; daß etwas schwer ist, muß uns ein Grund mehr sein, es zu tun."
-Rainer Maria Rilke-

mercredi, août 24, 2005

Justification d’identité pour une porte sans accès

Une pêche dispersée en morceaux dans un bol de vin rouge renversé sur les murs de couleurs vespérales. J’ai un amour infini pour cette douce lumière qui s’ignore dans ses gestes. Et qu’ai-je savouré de si précieux dans les premiers instants, qu’ai-je tant aimé pour vouloir voir toujours plus ? La dévoiler. Le temps nous fuit mais nous le prenons, n’est-ce pas ? Tels l’un de ces horlogers minutieux ne comptant pas ses efforts ni ses pertes dans la sonorité incessante des tic-tac mécaniques. Dans la nuit, tu rougies toujours mon langage, en disséminant cette angoisse morose entre les battements de ma langue. Dans la nuit, faire l’amour à un fragment de métal si froid et si blanc qu’il égorge le minuscule brin de soleil que j’ose entrevoir dans mes mensonges. Le danger est propice aux fractures. Et je n’aime pas perdre, je ne suis pas de ces magnifiques perdants essuyant les échecs avec élégance et distinction, non, je ne suis pas de ceux-là. Je ne veux pas non plus te haïr. La pointe de ton dard dans ma mémoire, écorchez-moi encore. Glisser les vérités du sel mêlé au sable jusqu’à ton oreille est déjà faire part d’une fissure narcissique, je n’aime pas perdre. Je n’aime pas perdre toute contenance.
Ton souffle sur mes os et tes caresses suffocantes sur ma peau. Tu es terroriste de mes remparts.

mardi, août 23, 2005

Les piqûres


Andy Julia

Errances sans ombre, les arbres éjaculent leur frisure de feuilles déjà mortes, Septembre sent la dénégation. Ce sera un jour sombre pour l’exode des idées, une promesse de recouvrer la santé dans les bras d’une tombe. L’agonie lente mais sans être définitive.Nous recouvrons nos corps des draps encore chauds, nous enfouir sous nos peaux. Septembre sera sombre, à mes yeux comme à mon sein, mais sombrer serait sans sens.

dimanche, août 21, 2005

L'horizon est fait de marges blanches

Que de pierre et de roulis. Être de pierre devant l’énième café aux portes de la vie. Je toussote et bascule dans un rêve de verre teinté. Derrière les vitres, qu’ y’a-t-il de bon à fixer les reflets, à chercher les erreurs, la part intérieur ? Que de silence entre nous. La fin chavire à la porte et peut-être que je crois ne pas m’en rendre compte. Encore une nuit, la dernière ici, à chuchoter nos paresses au dos des fossés en pleurs. Nous n’étions pas nés pour mourir si tôt.
Des lilas d’indifférence jetés au crépuscule, je recopierais ces mots des tonnes et des tonnes de fois, jamais ils n’auront le sens que tu leur as donné en les lisant de ton œil agacé. Aggravant. Et sous ta voix encore, ce sont eux qui jaillissent, et de ton sens encore, sauvagement ils s’emplissent, jamais je n’ai compris t’aimer à ce point. De ta langue, tu as retourné chaque mot comme un lopin de terre à défricher, de ta langue, tu as blasphémé ce que je ne savais pas avoir dit. Comme tu comprends ce qui peut être : signifie. Comme tu comprends parfois ce que je ne sais voir.
Les rêves propulser aux verres des vitres teintées. Un corps chaud dans le bassin.

Tu bois lentement ton thé.

samedi, août 20, 2005

phrase culte

"tu pourrais être dénudée de tous talent, de toute intelligence, de toute beauté, mais être dénué de défaut, ça, ça ne s'accepte pas."

vendredi, août 19, 2005

N'être de terre et de fiel


Balancer mollement le genou pour la première heure de décodage, les yeux bouffis par l’excès et l’extase d’être malade en été. Le vent s’est levé, un naufrage dans la tête et voilà que le ciel se tord de nouveau. C’est le temps des orages, celui que j’attendrais plus que toute autre personne. Sarah. L’orage est éternel, il revient à chaque fois. Toi, je ne sais pas, il faudra bien que je reste pour le voir. Sarah. Je ne me fais pas à ce prénom, comme si il appartenait à une inconnue, la légère, l’ombre qui volette tout autour de sa cage quand les ravages parfois se mélange avec tant d’avidité. Aeren, la dame froide et lointaine. Aucun des deux ne s’associent dans mon esprit frelaté. J’immole mes pensées dans le feu de ta bouche.
Un verre puis deux, puis A. et ses proies, et surtout cette fragilité, ce manque de tout quand elle semble loin. A. est un petit chien perdu sans un maître qu’elle puisse suivre. Mauvais maîtres, la plupart du temps. A. va finir en tailleur étroit dans un bureau à trier des paperasses au 54ème étage d’un gratte-ciel new-yorkais. Ce ne serait pas finir mal. Mais encore à chercher le model où se perdre. Le billard commence sans grande conviction et se termine en gymnastique acrobatique et en concoure pour la figure la plus débile. Dans la poussière, on est. Les fesses sur le rebord de la table verte, je me sens mal, mal en point, mal à l’aise, une recherche du temps à prendre en tête à tête. Trop c’est trop, trop faim pour l’errance des après-midi vidés.
La cuisine sonne vide. Et l’estomac, creux. Panser le gargouillis de nos panses en pensant à demain. Où est-ce qu’on va ? La question n’a plus de sens lorsqu’on la mange avec les mains. La table tremble de sa planche bancale. Désert de désir en dessert.
Dans la poussière, on naît.

jeudi, août 18, 2005

Tea and cigarette

Trop tard, trop tôt, à quoi bon s’en faire si je n’ai pas de courage ni d’estomac. A quoi bon courir si c’est pour se dire: « je n’y serai pas ». Et je n’y étais pas. Abandonner l’idée même de se retrouver dans une cave à décoder l’écran pendant une heure d’assoupissement monotone pour faire preuve de cet habituel fluide et élégant maniement de la langue orale devant une caissière de Decitre. A peine formulé, les mots sont déjà perdus. Je me suis emboîté le pas dans ma mélasse linguistique en me choisissant un « mot sur le bout de la langue » de Quignard et un Queneau… pour changer… Il serait temps de rire un peu. Se dérider les esprits et s’amenuiser l’angoisse par un fait divers, un arrière. Un saut de tournesol au dessus des lilas. Se cogner les doigts dans un vieux cinéma, pour faire tout autre chose que ce que je me devais de faire. Le goût de ses lèvres à la commissure des miennes. Les amours cachés, and who still knows it ?

mercredi, août 17, 2005

Quadrillage

Le métro pue la friture, le mac Do d’à côté, sûrement. J’étais irrité, je ne sais pas vraiment comment ni par quoi. J’étais irrité et il n’y a que le froid médical d’un tableau de lignes peu constructives. Je n’ai pas répondu. Il était tellement déplacé de s’énerver comme ça, sur un écran sans vie, sans autre motif qu’une faible irritation. Je ne réponds pas.
Un autre jour s’avance sur les feuilles grasses d’un parc. Un autre jour répétitif, une autre heure, la même en d’autre circonstance. Une guêpe guette le moindre de mes mouvements, me reluque avec insistance. C’était la même, mal rasée. Celle qui m’a piqué ma place : « -Vous êtes belle », « _Mais je voudrais être beau. ». Je voudrais, le muscle tendu à l’extrême, décrocher la mâchoire des envahisseurs, piétiner, de mes membres compactes, les doigts qui s’agrippent à mes pieds. « Je voudrais être beau, et non plus belle ». La guêpe attouche mes illusions et viole leur élasticité, je ne peux que fuir. Fuir ou se laisser cogner, de toute façon, je suis presque pressé.
Profiter des dessous des ombres, des platanes fracassés au couteau et du fleuve, paisible.

J’écoute la femme m’énoncer son affaire, mais aussi intenses que soient mes efforts, je n’arrive pas à me souvenir de ses instructions. Je délaisse la femme à son téléphone et me laisse fondre, de nouveau, les pieds survolant l’eau huileuse d’un été. Un quart d’heure, puis deux, puis trois. Fausse adresse. Nous retracer, d’un revers de l’œil. Effervescents. Démons déments, des rues et des clichés, des boyaux déployés. La ville est en vacances. Quelques terrasses dépliées et des auvents rabattus. Un air de courant d’air sur les traboules ouvertes. Un quart d’heure, puis deux, puis trois. Un mois d’août rattraper par avance

mardi, août 16, 2005

Deux joncs

Les gerçures craquelées au feu. Un parfum d’ambre régale les interstices des ruines. Ces quais sont des ruines et je suis légionnaire. Le papier grésille sous la chaleur du briquet allumé devant lui. Une fumée blanche en sort par fines volutes. Je vois des silhouettes informes chanceler sur le béton de la voie. En plusieurs morceaux. L’une d’entre elle lèche mon visage, asphyxie mon système pulmonaire, bouche mes artères et forme des cloques sur mes yeux. Un chien hargneux se noie au loin, dans le fleuve. Un peu plus loin encore, un homme brûle son dernier billet dans un verre de whisky sans glaçon. La joie n’est pas loin.
Les algues nagent et nagent contre le flanc des cygnes stoïques. Et elle presse sa bouche contre ma joue.
Nous partirions, le roulis lent nous bercerait un temps et puis nos lèvres assoupies ne pourraient s’empêcher de s’entrouvrir pour narrer le passé qui fuit par la fenêtre. On se souviendrait trop et le but du voyage ne serait qu’un fumet vague sur les flots. Sans but, ça ne mène à rien de marcher. Une question que je martèle.
Où va-t-on ?

lundi, août 15, 2005

Qui pourra ?


Dan14Stock

Pitre bicéphale étalé dans la nuit, un regard électrique traverse les rideaux. Et de toute façon, il n’y a pas de rideau, pas même un store et rien entre nous, pas même la peau. Fonte propice au sommeil des angoisses, les bras immobilisés par l’ampleur du sommeil. Tranquillité sauvage dans un bout du monde. Vois, il n’y a jamais eu de cartes et pas besoin de jeux, ni de sort, les dés sont au grenier et un saltimbanque se cogne au premier platane. Ni acteur, ni fossoyeur, pas d’usurpateur, pas de spectateur. Ni verre d’alcool, ni cigarette blonde, j’imagine que ce royaume n’a pas de quoi nous attirer si il est aussi vide que ce qu’il me semble. J’imagine, mais lequel alors ?
Pas d’étang, ni de noyés, pas d’horizon, ni de patience, dans une assiette ou une coupelle, ni l’un, ni l’autre. Derrière les murs ou devant les glaces, dans un palais ou sur un trottoir, je repense aux princes infâmes : cuillère à la main, le nez dans leur chaussette, un air de chien, les nobles, un air de chien…
Pitre endormi avachi dans la nuit, les cuisses entrecoupées, les dents éparpillées. Fonte propice au sommeil des angoisses. Rien qu’une fois, n’être rien, et s’oublier rien qu’une fois. Si ce n’est pas nous, qui pourra ?

dimanche, août 14, 2005

Abattus pour l'exemple


Mise à jour des pièces de la baraque. Une par une. Quelque chose manque sur chaque mur, indicible, méconnaissable. Quelque chose. Quelques courses avant de se cloîtrer dans notre royaume de quelques jours, à l’abri des agressions du vent, des regards, des départs. Quelque part, entre la ville et la forêt, dans un repaire à oiseaux. Les animaux gigotent patiemment au bout de leur corde et quelque chose manquait sur les murs de la maison. Ton ombre au crépuscule, je voudrais la prendre toute entière et la noyer dans un flacon. L’entendre frissonner parmi les arbres noircis au crayon du soir. Ton ombre erre dans chaque artère, ton ombre dans l’intraveineuse d’un siècle au cours chaviré. L’entendre frissonner parmi les draps. Les ombres parlent et l’on peut bien entendre, on ne comprend pas. Se raconter des histoires, des traces, des passages, des façades avant que celle-ci n’en devienne une à son tour. Fixer des images, vraiment cette fois. Et la rougeur de la pommette. Mordre ton image et recracher le carton. Ce serait une bonne affaire d’être entière en moi, entièrement en toi. Entièrement seuls dans un royaume d’absolu fixé par ton ombre.
Entièrement nus. Côte à côte dans l’ombre élevée sur les lucarnes des amants enlacés.
Les côtes se dessinent dans le matelas usé. Elles se caressent et s’entortillent, se fondent et se tordent dans les plis de la couverture.
Absoudre les frottis des mains au profit d’une langueur amoureuse. Les doigts volètent sur des reins. Sans toucher les statues, sans toucher. La fissure est bien assez béante. Couler.

Te regarder t’assoupir sans soupir, un frisson, l’odeur de la nuit, le Tchèque rouillé sur le biscuit faisandé, te regarder dépecer mon corps comme on crève d’un mystère. Autant ne plus parler, ni des lignes ni des yeux, ni des vœux.

vendredi, août 12, 2005

A dust hunt



"Dans quel état j'ère..." Attendre que tout ce petit monde se barre enfin pour sortir l’aspirateur et la serpillière et nettoyer les cadavres laissés par le frère. Enfin, aspirer de grandes bouffées de pec citron et de javel dans l’évier. Et enfin, s’en griller une, les pieds en éventail et les nerfs apaisés par la tranquillité de la nuit.

jeudi, août 11, 2005

Spining

La chair argentée des poissons morts, gueules ouvertes, scintille au gré des nuages. On dirait le gazole huileux du ciel désertique d’un Arizona de carte postale mais ce n’est que cet amas de couches de peinture bleue sale mélangée dans de vieux pots gris et crades. Un ciel de montagne qui pourrait exister partout ailleurs. Un ciel inutile à décrire, en somme, que je ne peux m’empêcher d’adorer. Encore un de ces trucs du nord que je n’ai pas vécu.
Elle est là, affaiblie, endormie, assoupie. A portée de couteau, il suffirait d‘un geste. Elle me semble offerte dans son repos, il suffirait d’un geste. Elle est si belle dans cet instant. Je regrette l’appareil photo et à quoi bon. Fixer les images, c’est les avoir hors soi, déverser sa mémoire sur du papier pixel. Transparaître puis disparaître, instantanément.
J’ai souvent regretté les photos, n’avoir aucun souvenir de tous ces visages. Ou les avoir si intensément gravés dans mon fond de crâne, là où se trouve les cachots, les prisons pour enterrer mes vivants, que les oublier m’était impossible. Pour quelques instants sur une pellicule, je volerai des nuits blanches au rêveur.
Nous marchons, d’un pas lent, fatigués avant l’heure, toutes les directions sont enviables, sauf celles du retour. Retourner, refaire un tour, toujours dans ce vieux quartier sous le point du jour. Tu ne voulais pas y’aller, je crois. C’est loupé. Errer en cœur et en mémoire. En souvenir. La chair gigote ses ignominies sous le couvert de la foule de pacotilles que nous nous échangeons. La chair parle trop. Il faudrait la taire cette fois.
Embrasser tes doutes et les avaler tout crus. J’aimerais être cannibale. M’effacer moi-même si tu pouvais y voir plus clair alors.

mercredi, août 10, 2005

Piaillements

Rattraper la chair et la mastiquer savamment sur un canapé froissé par tant d’impudeur. La télé grésille sauvagement pendant que nous nous rendons sourds dans le sang. Insatiables et intenables.

mardi, août 09, 2005

Gargouillis

Déambulation des funambules dans une rue noire de honte. Le tourisme à vau l’eau et le soleil dégouline. Un premier verre échangé sur une terrasse bordeaux délavé, le volume de 600 pages m’effraye et me fait de l’œil à la fois. Comment peut on rédiger autant de phrases, de mots, de paragraphes ayant tous un sens et un but ? L’inspiration qui a du empreindre l’auteur me scalpe les neurones jusqu’au fond du verre. C’n’est pas une heure pour écrire même si le carnet me titille le bout du museau. Ce n’est pas l’endroit et la personne à côté de moi empêche mon stylo de dégouliner sur un bout de papier. Je forme des arabesques en suivant la masse de nippon qui s’incère dans la petite porte de la cathédrale. Monde de brute. Notre rendez-vous nous attend quelques mètres plus loin, en retard de deux minutes pour tapoter le dos de ma camarade de bar.
Deuxième verre, deuxième lieu vert et so irish qu’ils passent même les matchs de rugby dans la langue des rosbifs. Nous vagabondons dans des discussions futiles qui reviennent toujours à nous deux. Je sens qu’elle se sent un peu de trop. Cheveux écourtés pendant l’été et mine tristounette comme j’en ai perdu l’habitude. Un peu trop courts. Comme l’étendue de nos propos.
Repartir sur ma faim, en dévorant de l’intérieur les lèvres d’une ombre qui guette.

lundi, août 08, 2005

La sainte et la fée


SubterfugeMalaises

Alright
Is it alright for me to feel this way,
Put my head in your lap, the world will go away
Well, we can go there, we can go anywhere
We can go there.
But is it alright
Is it alright
Is it alright to hold you through the night
Is it alright for you to feel this way,
Put your head in my lap, the world will go away
We can go there, we can go anywhere
We can go there.
But is it alright
Is it alright
Is it alright to hold you through the night
You're my knees, my right to a world more beautiful
You're my knees, my right to a world more beautiful
You're my knees, my right to a world more beautiful
(i want to hold you)
And that's alright
It's alright
It's alright to hold you here tonight
It's alright to hold you here with me... tonight
-Kinnie Starr-

dimanche, août 07, 2005

By your side

La peinture du banc s’écaille légèrement. Une jeune femme est assise, plongée dans la lecture d’un livre de philosophie, on peut lire le titre d’assez loin : « Le crépuscule des idoles ». Cette jeune femme raconte que Nietzsche est son amant de longue date et qu’elle entretient pour lui une passion sans faille. Elle discute avec une autre personne surnommée Ivan… Ils ont l’air d’avoir des explications à se fournir mais n’entame aucun règlement de compte. Je me dis que c’est encore l’un de ces couples qui, n’ayant pas de vie commune très tumultueuse, se créent des histoires pour pimenter le quotidien. En vain. Ils ont l’air attachant, et attachés. Deux amoureux sur un banc du palais St Pierre. Ni plus ni moins qu’un couple ordinaire.
Je rejoins ma propre amante pour ne rien lui dire. Nous avions des explications à nous fournir, mais je pense aussi que ça ne vaut pas la peine d’être empressé. Elle se contente de faire une pseudo critique littéraire du roman qu’elle tient entre ses mains tandis que je relâche toute la fatigue de la semaine sur elle. Parfois, je la plains. Souvent. Nous nous rentrons un peu dedans, amicalement, sans aller plus loin.
Nous n’avions pas errer dans la ville comme ça depuis bien cinq jours… le manque se faisait sentir… En passant devant le glacier, nous nous arrêtons. Elle prend le parfum marron glacé, je lui préfère la noisette. Peut-être pour les yeux.
Dans un commun accord, nous entamons la montée du chemin neuf en dégustant nos glaces respectives, non sans avoir passer un coup de langue chacun sur le cornet de l’autre. Le long de cette montée se dressent quelques maisons, une fontaine immonde, une auberge de jeunesse et un jardin public de petite taille mais dont la situation géographique permet d’englober chaque grande artère de la ville d’un simple coup d’œil. Nous prenons le temps d’une pause devant le spectacle des murs jaunes, oranges et pales scintillants sous leurs toits aux tuiles légendaires. Mais ce n’est pas tellement pour ça que nous nous sommes assis sur ce banc. Elle tend son cou sur mes genoux et rapproche son mollet de sa cuisse. Dans une position d’éventrée, elle parle de mes écrits du cinq août, de leur méchanceté, de la confusion et de son malaise face à mes fantômes. Mon fantôme de couple, de vie à deux mal réussie, de moitié de vie. Mon simple fantôme de peur et que je crains toujours un peu au fond. La lassitude m’a effrayé, je l’avoue, l’angoisse de ne plus éprouver cette étrange affection envers son minois malicieux et son corps souple contre mes reins. Mais, quoique je dise, mes sentiments ne se sont pas pris de convulsion depuis huit mois, mes doigts timides et tentateurs ne se sont pas évaporés, ma figure rougissante ne s’est pas altérée. Et nous avons tous nos fantômes, même si les siens restent des inconnus pour moi. Je m’excuse du bout des lèvres sur les siennes. Il faut savoir perdre. Et elle accueille mon pardon d’une main tiède sur ma nuque.
Attachés par la bouche, nous avons l’air de deux amoureux sur un banc. Ni plus ni moins qu’un couple ordinaire.

samedi, août 06, 2005

Ubi sunt homini ?

En aparté dans les souterrains, je murmure des condoléance à la septième vie. Lit-cage qui m’a retenu toute la nuit de gribouiller des réponses aux faits que je ne comprends pas toujours. C’est de la réserve, de l’incompréhension, de la timidité ou de la rhétorique manquante ? C’est du papier, du bois, des cordes ou de la pierre qu’il y a entre nos deux corps bien mal en point lorsqu’il sont froissés en eux sans faire palper l’un à l’autre les plis qui les ont martelé. Laisser tomber l’esprit avec ces complications inutiles, si je voulais répondre, il fallait déjà que je comprenne la question.
Et la journée s’achemine. Faire un ménage dans la discussion comme dans le couloir. Crier, gueuler, hurler sur cette plante en pot pas capable de faire les choses jusqu’au bout. Même son sommeil est ponctué d’insomnies. Terminer le travail du frère et ramasser les miettes d’énervement qui ont fait mes repas chaque jour de cette semaine. Et puis fuir. Il n’y a que ça. Fuir dans les allées éclairées par la poussière du ciel d’été. Fuir le reflet sombre du miroir. Fuir le craquellement nerveux qui règne dans la cuisine encore graisseuse. Se retrouver soi-même. Un peu de solitude ne fait pas de mal et il faut réapprendre à marcher seul. Un pas devant l’autre sans se presser en vain. Personne n’attend rien de ce côté du mur. Personne.
Les fourmis gambadent sur mon avant-bras, les branches du bouleau effleurent mollement le sol. La terre est fraîche, il y a des mariages. Mais ça… Il y a des visages, des joues qui s’tendent, des mains qui s’agrippent. Mais ça, c’est l’inconnu, l’ailleurs, un monde parallèle auquel j’assiste sur ma petite motte de terre, à l’ombre. Et ça me rassure d’être seul parfois. [Et je soupirais en espérant secrètement voir des apparitions].

vendredi, août 05, 2005

Hybridisme

« Oui, je suis sur la terrasse et je clope comme un pompier en espérant que personne ne m’en veuille » et je veux dire quelque chose mais rien ne sort, comme à l’accoutumé, à part un râlement lourdaud contre les géranium qui polluent mon salon. Le frère en l’occurrence.
Il y avait un vide et la lune brille je crois, je croyais, et c’était le néon bleu métallique d’une marque d’électronique. La lune brillait, je croyais, le ciel est étoilé comme je ne l’ai jamais vu, l’alcool aidant dans mes digressions visuelles, sûrement. Tu ne m’en voudras pas de ne pas vérifier si ton cercueil est vide, le jour où le coup partira, le jour où.
Les chants électroniques des néons affluant par centaine, par millier, ils fusent de toutes parts, accélèrent leur mouvement de rotation par flashs interposés, grisent les murs, enflamment mes pupilles, on s’est encore battu du coin de l’œil, en se traversant sans se voir. Tu es pire qu’un couteau ou qu’une quelconque lame. Toi, je ne te sens même pas passer. Je ne te sais pas, je ne te lis pas. Les yeux ne parlent pas, c’est toi-même qui l’as dit. Et cette nuit…
Un poinçon dans l’oesophage, remonte. J’aime pas la vie quand elle est partagée, quand elle sens la moitié. Cette vie de couple n’est qu’un souvenir de chair moite, de lit trop petit, d’odeur d’enfermé, l’odeur de chair pourrie, la violence sadique des désirs brutaux, cette espèce de vomi que je bouffais chaque matin sur sa langue. Plus d’une nuit et j’y repense, et je soufflette en essayant d’inhaler mon poison sans faire trop de bruit. De toute façon, c’est un rideau qui se ferme. Et plus un mot. Les délices se pendent à la lucarne et je les regarde en me tapant l’estomac, « recrache c’ que t’as rêvé, bordel ! ». Les organes sont encore étalés sous l’oreiller, prêts à s’introduire par la force des pulsions démoniaques de doigts osseux. Et j’aime pas être obligé de me taire quand des fleurs croupissent sur le canapé du salon alors qu’elles ont passé l’age de la puérilité. Pourtant y’en a une, là, qui m’énerve plus que de raison, et j’en énerve plus d’un à grogner contre son incompétence.
C’était un mauvais jour, hier aussi, la fatigue, l’ennui, la mendicité du corps avili à sa solitude clownesque. Du corps et du duvet meurtri de mes narines de saurien emphatique. J’aime pas ne rien faire et qu’on me jauge ainsi, j’aime pas être décomposé dans mon propre vase.
J’aime pas te regarder en ayant l’air de t’en vouloir.
J’aime pas savoir que tu vas t’en aller.
J’aime pas chialer comme un môme au fond d’un grand lit mièvre.
J’aime pas faire mal. J’aime pas quand tu n’es pas là pour me sourire, au réveil.

jeudi, août 04, 2005

Rugosité


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Pleure et tais toi. Laissons les royaumes à leur place.

mardi, août 02, 2005

L'aisance des nuisances

Les gargouilles crachent sur les gens. Et nous blasphémons les genres dans une assiettée de titres aux auteurs parfois oubliés. Deux tasses de café et un genre d’euphorie relâchée plus tard, nous sortons enfin de notre léthargie bulbeuse pour goûter à l’air du temps qui passe en vagues diluviennes. Beaux temps pour les terrasses et les touristes. Et les glaciers sont de rigueur. Rejoindre Amélie et une jeune demoiselle trop discrète pour être honnête afin de... en fait, j’me demande ce que je viens faire là. Mais ce n’est peut-être pas par hasard. Ecouter les discussions from pipeuhle in ze middeuhle et balayer du regard les faux confettis vert pomme qui s’avèrent être de vrais pollens tombés des tilleuls en cassant du sucre sur les exploits intellectuels qu’elle devra fournir… et sur la troisième tasse de café supplément chantilly de l’après-midi. Engoncé au fond de la chaise; et qu’est-ce qu’il se passera si.
J’ai envie d’Êtres seuls, d’écarlate chatoyant, de losanges cylindriques et de ta cuisse contre la mienne. Appétit dévorant ou besoin de peau intime, pour miner mes humeurs d’autres mots moins méchants.
En coup de vent dans la cuisine, quatrième café à touiller un couteau dans une tasse brûlante en maudissant le parasite qui lèche l’écran de l’ordi. La tête tourne et hoche lentement. Crevé de ne rien faire.

lundi, août 01, 2005

More and morphine

S’endormir sur un banc pour finalement s’installer devant la télé. Pitoyable ou pathétique, là n’est pas l’affirmation. Vague courbe sur un drap froissé, lissé d’une main catégorique. S’éveiller sur ton ventre, c’est toujours surprenant d’être aussi bien logé.
J’exagère les sentiments, ceux qui ne parlaient pas il y a encore un an pour hurler dans les étages quelques mois après. Vaguement bien, tes reins brûlant sous mes paumes. Je voulais donc ne plus écrire pour goûter à cette monotonie du bonheur en caressant des jeunes filles qui auraient oublié de fouiner dans mes anciennes liturgies. Et à te regarder t’assoupir, j’aurais aimé que ce fût le cas. Une image bienveillante en contre plaqué. Tu laves mes ardoises, tu sais. Mais l’addition ne s’efface pas.
Profiter de ton repos pour sommeiller à mon tour en redessinant les plis du drap et passer au crible chaque détail de tes joues. Pire qu’hier, peut-être un peu moins que demain. Déconnecté ou déphasé, seulement hors d’un temps qui court comme l’électricité. J’ai pas de prise sur ces choses là.