dimanche, juillet 31, 2005

Inaptes

La nuit, tous les chats sont gris, qu’ils soient noirs comme des billes ou nacrés sous les reflets cristallins de la lune, ils sont indissociables. J’ai cru voir un néon d’avenir brûlant les étapes dans un cercueil encore fumant. La nuit cache les rides. Pour les gens aveugles. Les étoiles se sont éteintes. Non. Elles n’ont jamais brillé comme elles brillent loin des voiles. Religion de l’angoisse et astronomie des pupilles, est-ce que ça a un sens ?
Crampe des relativités, les histoires et les manies, pour toujours la même Histoire. Boule de poils sombres entre les doigts, c’est toujours la même Histoire. Et ma langue a cicatrisé contre mon palais, emprisonnant le ballet épicé du doute sur la peau du lait. Jolie métaphore gustative bien moins ragoûtante lorsqu’elle est en bouche; j’étais endormi, les organes étalés sur le lit à porté d’orifice, les gencives saignant l’excès. A côté, j’entends des brutes balayer certains corps dans un vacarme insupportable, mais je ne sais pas caresser les bruits qui grouillent parfois tellement que l’imagination seule réussie à me rendre pitoyable.

Il faudra boire nos souffles tant qu’ils sont encore chauds.

samedi, juillet 30, 2005

Anniversatile

Le soir vient lentement et avec lui les songes et les rêveries. Inutiles. Ma vie s’est tournée vicieusement vers elle; et sans elle, je ne suis qu’une moitié, un fragment, une peau morte, un doigt sans ongle, lorsque la chair nue s’érafle au moindre contacte rigide. J’en deviens mièvre et dépourvu d’intérêt. Mais il faudra vivre avec ces tares. Qu’importe le temps que prendra l’acclimatation…

jeudi, juillet 28, 2005

Saignement


x_horizon

Au moins chef de quelque chose, si je ne contrôle plus rien. Ce visage, le connais-tu ? Trop, vraiment ? Le crois-tu… Tu es tuant à force. Un bouquin se dégarni, page par page, sur le bureau. La chaleur bouffe avec appétit les abas gluants, rapiécés par ses crocs emprunts de remontées gastriques et de salive. Les cavaliers s’ébrouent sous les dards piquants des dieux irascibles. Ma petite douleur, englobée en mon cœur, bercée par le battement étrangement régulier de l’horloge des monstres enflammés par leur poison malade. J’ai retrouvé une relation de mathématique que l’on m’avait appris deux années auparavant, j’ n’y ai rien compris. C’est comme ça souvent, qu’elles nous figent ou nous emportent, les histoires sont faites en sorte que l’on ne s’en souvient jamais sans notre avenir.

Tu regardais vers moi, je ne voulais pas relever la tête, la retourner. J’n’ai vu que tes jambes pliées sous ta poitrine. Et je ne sais plus vraiment ce que tu faisais. Etais-tu là seulement ?

Etrange, je parle beaucoup d’étrangeté sans pouvoir expliquer le sens. Raconter des jours et des jours d’affilés, des heures et des engrenages. Sans pour autant relever le sens. Je t’ai vu aujourd’hui et je porte un corps étranger. Tu es opaque ce soir. Et j’étais le simple spectateur de mes péripéties mentales. Dans le bar, j’ai failli m’endormir sans penser à rien, le ventre tordu, l’esprit à sec. Seulement ta main, oui, quelque fois je lui demande de ne plus écrire, de ne plus me laisser en proie à tes lignes. Je sais que je t’ai un peu vexé. Mais quelque fois j’ai la hantise de te lire. Et de perdre.
Perdre un filet de sang. La descente est tordue. Complètement hors de tout champ de vision.

mercredi, juillet 27, 2005

Villégiature

Cette avance restera mémorable. Arriver bien trente minutes avant l’heure du rendez-vous est un évènement rare qui ne se reproduira peut-être pas avant la prochaine paix mondiale. Autant dire longtemps et c’est préférable pour l’industrie de l’artillerie lourde...
Le matin s’éclaire sur des restaurateurs pressés et des alcooliques très matinaux, ou pas encore couchés… La réalité est bien peu poétique, comme souvent. Et je ne marche pas dans cette ville sans elle. Dépendance angoissante quand bien même elle serait véritable. Il faut savoir être individuel et égoïste dans la nuit qui approche. Il a toujours fallu l’être quand bien même je me suis accroché. Nigaud.
Laisser les humeurs dans l’égout, je me dégoutte à penser ainsi. Et il fait un temps à paresser décérébré aux terrasses des cafés en lisant des pays d’autres siècles. Pourquoi se faucher l’esprit avec des stupidités, mieux vaut foncer dans les murs en hurlant qu’on est con et au moins tout aussi heureux de l’être.
Glander agréablement pour quelques minutes entre une terrasse et un banc à flanc de colline.
Beati pauperes spiritu.

mardi, juillet 26, 2005

Cat power...

Pas dormir, je ne pourrais pas dormir. Passer la nuit à chercher les étoiles dans l’électricité du ciel, les chats courent sur les toits et la boule noire se love à mes pieds en attendant son prétendant. La lune décrit un demi-cercle, c’est bien la seule que l’on puisse voir avant que les nuages ne la dévorent à son tour. Finir dans le canapé.
Comme une larve au réveil, le soleil éclaire à peine les taches blanches des immeubles. Et se met à taper. Un peu plus fort à chaque heure. Comme deux larves allongées. Des passoires de vie pour aligner quatre épisodes à la télé. Et on parle d’effets secondaires.
Changer d’état en changeant d’étage, râler d’agonie sous des funambules créatifs, est-ce que je vais bientôt mourir ? Les battements découpés au hachoir et la raison fracassée contre ce mur gribouillés de souvenirs qui ne seraient plus les miens en cet instant précis. Il n’y aurait plus personne et l’inconnu guette encore. Le plafond serait effrité par des sexes masculins et nous serions proies dans un bocal à peine assez grand pour nous contenir, enchaîner par les liens du désir.

lundi, juillet 25, 2005

Als kind, kind war


Aeren

Il est bon de ne rien faire. Les arcades somptueuses accentuent cette impression de tache que tu te donnes. Il est bon de ne rien faire en la regardant, tu te dis. Elle tend son corps sur l’herbe et vous gigoter pour attraper chacun ce que l’autre a. Les enfants s’aiment sur l’herbe tendre des parcs, les enfants sont cruels pourtant.
Deux pétales rouges déposés sur la cambrure de son dos. Tu l’aimes, tu te dis, avec une pointe de douleur.

dimanche, juillet 24, 2005

Vidé/Dimanche

Je t’offre. Je n’ t’offre rien, je t’offre tout, mon moi intérieur, ma présence en filigrane, mon soutient invisible, des particules de souvenirs, mon âme si elle existe, mon souffle restera entre deux poumons ankylosés. Je t’offre un baiser et du reste, je m’en fous, tu ne m’as rien demandé.
Peut-être que je ne t’offre rien, il n’y a rien à savoir, tout est illustré en province d’hécatombe. Peut-être, comme j’aime ce mot, il est comme un murmure assoupi, une paresse. Il n’y a rien à savoir, tout à apprendre. Et je me fous de la grande littérature.

samedi, juillet 23, 2005

"Ce sera un garçon_ et te voilà_ Cécile"


SubterfugeMalaises

L’ambiance calme d’un cinéma de centre ville cache des visages grisés par la fête des acteurs. Hilarité européenne malgré les conneries de la France. Poupées sceptiques aux bienfaits de l’alcool, lové dans un cou bien plus attractif.

vendredi, juillet 22, 2005

Muséum d'histoires artificielles

Scruter les repaires. Un tour en jungle urbaine pour zieuter les nouveaux spécimens, à la traque du touriste. Ça fait du bien de ne plus jouer ce rôle, à côté de toi pour quelque débilité qu’on se raconte comme ça, parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre, elles ont changé nos voies de communication, elles ont défragmenté les messages.
Où n’y a-t-il personne, un beau vendredi de juillet... Là où il nous est encore offert d’aller. Poser deux doigts sur ton bras, ça aurait pu être la peur d’être séparés plus de jours encore, il existe des pesanteurs si faciles. Des croûtes lunaires recouvrent les orbites, il fait frais dans les salles obscures de l’art. Musique de testament sans verser une larme au bas d’un parchemin cartographique aux îles non répertoriées. Contempler l’incompréhensible, c’est rêver de sa mort.
Attachement prisonnier de nuits blanches, nous sommes tout de même de douces illusions, bien réelles, cette fois. Le temps défie les songes et nous sommes expulsés d’un endroit où nous avons stagné toute l’après-midi. Profiter du premier prétexte qui passe pour poser mes yeux sur toi plus longtemps et compatir devant les sarcasmes égoïstes d’autre. Je ne sais que la méchanceté quand la chair crie à la tendresse. Le bonheur ne se raconte pas ni même la simple joie dénudée en pleine bouche. Je n’ai pas la formule.
Repartir en louchant, alcool et ventre vide. Je t’attends ou je pars vraiment. Traîner simplement en te narguant au téléphone, ces petits engins facilitent les escroqueries. Et je n’en ai aucune honte, les jours sont ainsi fait et lorsqu’ils se terminent, ils sont bien plus ardus que les histoires, parfois. Terminer en cascade et en dégringolade d’intégrité. Le paroxysme du désordre est dans les doigts.

jeudi, juillet 21, 2005

L'horloge rit

Quelle heure, quel jour, tant de temps pour si peu au fond. Le tic-tac des horloges est un enchantement perpétuel, nous sommes témoins, dévorant notre patrimoine horaire, décimant nos sexes enflés de désir sur les aiguilles et les trotteuses du temps. Du temps, du temps, encore et plus, du temps à frotter contre les marbre et les pierres taguées des bordures de Saône. Du temps à laver mon corps sous ta langue, à froisser nos cheveux emmêlés en une tresse immonde. La corde râpeuse de l’enchaînement. Attachés à un pic exorcisant chaque mouvement, mensonge des livres, lire est nocif à l’innocent. Et la lecture se finit en pagaille dans l’empressement d’une extase sexuelle cinglante sous le ciel des jours.

mercredi, juillet 20, 2005

Germes

Serait-ce si tôt déjà… Curieuse addiction si courante pourtant, prophétisée un peu partout, pas forcément là où elle le devrait. Je me dépêche de profiter de ses joues avant que les teutons ne débarquent.
L’eau sale s’est changée en garde manger pour canards, abreuvant au passage une foule marine surprenante. Mélange de genre et de langue, je reviens de pays étrangers et je te connais à peine. Promenade anglaise, je ne me souviens plus bien de l’état des roses, de l’ombre des arbres. C’est comme. Une brindille sur la peau, un javelot mal ciselé, enserré dans le ventre, sans laisser d’ecchymose. J’ai perdu la plume, le bonheur est un vice parfois. Qu’on jalouse, souvent. Un essai d’écriture sur son ventre chaud. Je ne peux conter que le désir. Un écureuil voyeur atténue mes excès. Un javelot dans le ventre. C’est ça, et je ne suis pas cannibale.

mardi, juillet 19, 2005

Retords

Le frère s’éveille à peine, ça m’étonne de sa part d’être debout si tôt pour s’exercer à la course et aux poids alors que j’aurais plus de chance que lui d’entrer dans l’armée. Ses efforts sont minimes, ridicules même. Encore un paumé.
Hier soir, comme au sortir d’un rêve, j’ai entendu une voix, cristallisée par le réseau diabolique des communications téléphoniques, mais c’était bien elle. Quelques stries bleutés dans un ciel mauve. Dans ce parc-ci, il n’y a personne. Pas même un cri. Seulement le jaune pâle de l’orage, pâle et nettoyé à grandes eaux. J’étais dans le garage, le capot grésillait ma paume et la porte était ouverte. L’eau coule en un rideau de perles translucides. Et après l’averse, une voix. Cristallisée par les réseaux multiples des communications téléphoniques. Des mèches brunes entre mes doigts. Je pouvais presque les toucher.
Hier soir, les yeux tarissent les frontières lorsqu’ils sont fermés.
Passer devant le frère et sa carcasse de colosse mal nourrit.
Croiser Alicia en vadrouille pour une histoire un peu compliquée mais simple à comprendre. C’était prévisible. Donner de mauvais conseils comme on donne des excuses mais fait attention avec la sourie verte.
Le palais décadent avec cette odeur répugnante d’herbe et de chameau, j’ai des mèches parcourant les doigts, je parcours des mèches pour l’attentat des jours. C’est presque un bégayement. Les statues occis par la chaleur.
[Son corps]. Du bois et des échardes dans les phalanges. [A porté de mains, de bras]. Et là, encore, j’ai peur des regards, mais du tien plus encore. [Etreins moi, malhabile, comme une première fois]. Les cerceaux d’airains autours de nos chevilles. [Etreins ma maladresse]. Ne parler de rien. Il n’y a que ta peau, les paroles sont de trop. [et le corps est tendu, ça et là].
Les rues sont gonflées par la foule, marcher, coller, la foule permet la solitude. Sans but.
Lieu commun qui nous ouvre ses portes pour rompre avec le tranquille ennui du soleil sur nos bouches. Alicia ouvre sa bouche pour rompre le tranquille ennui de l’apaisement. Sourire à la question. Comme tu es naïve sous tes airs arrogants. Et de quel sorte d’aimer parles-tu. J’en ai connu deux, dix ou plus encore mais les choix et les désirs ne se font qu’en corps à corps.
[De peau à peau, dis-moi si tu sais]. Une peau contre ma peau. Ce ne sont pas les clefs d’un royaume. [Dis-moi si tu sais, moi, je n’ai jamais douté].

lundi, juillet 18, 2005

Quai Nr. Renvoyé/Façade


unda

Dommage, dommage, tous ces voyages qu’on ne fera plus, tant de villes entraperçues et pas même vues. Dommage mais le voyage est encore long. Ce n’est plus que de la route. Longer une rivière assez grande pour s’y noyer. Villages et industries, collines et autoroutes, les passagers des rues, nous sommes passagers, toujours à bouger, à partir, à revenir, à crever.

dimanche, juillet 17, 2005

A la brune

Promenade dans Bamberg, Bavière, après avoir fait un tour dans l’une des plus rococos des cathédrales que je connaisse. Fourvière pâlie face à cela. Et moi de même.
Une énième visite de cathédrale, dans la ville, que j’oublierai sûrement d’ici peu avant de goûter à une spécialité plus agréable. La bière est douce et l’humeur coriace Tituber de l’œil en remontant dans la calèche. Vieillir, viler, vadrouiller, venir, viler. Les villes. Elles s’oublient dans les vitres des voitures en stationnements sur les canaux. Pas même vu.
Werner et Ruth ouvrent les portes de leur jardin à la limite du kitch. La maison n’en est pas moins belle et les serviettes puent le mauvais séchage.
De nouveau sous un toit. Aveugle du firmament et explosions d’étoiles, l’avenir est crépusculaire.

samedi, juillet 16, 2005

Ihr geht mir auf die Nerven, und zwar extrem

Une trace de cathédrale. Début roman, suite gothique primitif. Horrible masochisme à représenter la souffrance dans tous les recoins, partout où des Hommes se nourrissent d’elle. Religion mystifiante, imbue d’elle-même. Je me sens mal à l’aise et seule la crypte à un semblant d’air rassurant dans son obscurité fraîche. Humer le tourisme pesant des rues de Naumburg et ne pas s’attarder.
Weimar un peu plus loin sur la carte. Pas moins fréquenté. La maison de Schiller, la maison de Goethe, la maison/jardin de Goethe, et les trucs de bidule, les machins de trucs; encore une religion. Aussi attrayante que les tours noircies de la cathédrale. Flâner dans une rigole de cafés et d’attrape nigaud. Les lieux de vie de personnages célèbres attirent une foule peu négligeable de curieux, malheureusement, la plupart ne connaissent d’eux que leur renommée et ne se rassemblent qu’autour du nom, pas des œuvres.
Rassemblement de mes énervements familiers dans le parc qui borde la ville. Et repartir.
Zig-zaguer sur une montagne colérique en longeant un lac de retenu. Enclaver entre des murs et des feux, la route s’accélère sous les pneus fatigués, déroule, défile, et la montagne se rapproche toujours plus, toujours plus de rocaille, toujours plus de cailloux dégringolant au passage de la bagnole. Une auberge spartiate pour la nuit, rincer les poiles de queue d’anciens locataires et les araignées suicidaires. La montagne s’enflamme une dernière fois. Où est la brume ?

vendredi, juillet 15, 2005

Deeper still


Slask

La voix suave de Suzanne émerveille mon regard et le porte sur un vol d’hirondelles joueuses. Nous partons. Dérouler l’énervement sur un tapis de paille. Les blondes polonaises ne sourient pas à notre passage. Souci de rien quand d’autres manquent de tout. Les routes en travaux, travaux permanents sur des bâtiments dégingandés. Je ne voulais plus mettre les pieds ici. Pas chez elle.

jeudi, juillet 14, 2005

Farce




Un autre jour s’éveille. Encore. Une église d’un vert pale fissuré, une place aux pavés en forme de cube gris bien assemblés. D’ici, on peut voir une cheminée d’usine éteinte, des immeubles aux volets baissés et les toits des maisons construites sur des terrasses. Ce n’est pas tout à fait la vallée, la ville est en pente constante et l’on peut d’un jardin à un autre, voir l’escalier que forme toutes ces bâtisses collées entre elles.
Les filles ondulent leur beau corps svelte et noble tandis que les garçons s’évertuent à enlever tee-shirt et chemise dès que la température dépasse les 20°C. Je sens Prague et ses palais tout près, à 80 kilomètres à peine, sans pour autant pouvoir la voir.
Les voyages organisés, même à moitié, sont un carcan horrible. Les rares heures de liberté se passent à décompter les heures perdues et à maugréer contre ces visites inutiles de lieux qu’on ne saurait situer sur une carte, et à croiser ces vieux débris de viande à la recherche d’un restaurant où apaiser leur faim.
Je n’aurais peut-être pas du me retrouver là mais pourquoi se priver de cette langue déroutante avec ses roulements de R et son orthographe étrangère et imprononçable, pourquoi se priver de la vision sibylline de ces corps délicieusement féminins et de ces visages aigus et vifs comme des museaux adorables de félins...
Parce qu’il y’aurait eu à la place le train allemand qui m’aurait rapporté à la frontière une bonne semaine plus tôt que la date initiale, et ce vieux wagon à Strasbourg qui m’aurait bercé d’un roulement tout aussi étrange et séduisant que les langues de l’Est. Et après, peut-être y aurait-il eu ce visage qui me berce chaque nuit et trottine jusqu’à la torture dans les rues dans les rues inconnues de toutes ces villes. Visage négligé, gribouillant mes rêves absurdes de repos. Je ne supporte plus cette attente à chaque pas qui me rapprocherait d’elle. Que quelqu’un manque.

mercredi, juillet 13, 2005

Absentéisme prenant

Les pierres roulent et glissent à m’emporter avec elles. Je ruisselle de sueur en gardant les yeux sur le chemin pentu et rude mais mes pas sont toujours aussi espacés. Marcher vite et vite atteindre le sommet, sans pause ni boisson. Quelqu’un a parlé d’entêtement… Je ne nierais personne mais les efforts physiques sont plus accessibles et faciles que les efforts mentaux aujourd’hui ... Le tissu sèchera plus tard lorsque j’aurai atteins les 1000 mètres de caillasses sur lesquels je poserais mes fesses. De l’inutile au futile, autant passer aussi par l’imbécile. Quand il n’y a rien d’autre à faire que de penser à elle, autant ne plus penser du tout. Ca ne mène à rien.

mardi, juillet 12, 2005

Friables

Cette fois aucune contrainte de groupe ne nous attend, aucun car pressé et pressant pour aucun compagnon bougon et ronchon comme celui qui me fait office de voisin. Le vent sain et frais d’une liberté rarement tout à fait acquise gonfle mes poumons et m’offre le plaisir indigne d’allumer une cigarette au sommet du mont des géants. C’est en réalité une petite montagne recouverte de tir-fesse, et de pistes zig zagantes entre des forêts d’arbres jeunes et d’autres plus vieux. La montée s’est d’ailleurs faite en tir-fesse ultra moderne, plus proche du model suisse que de celui qui nous a redescendu, l’avant-veille, dans un grincement angoissant au dessus des pics de roches nues… c'est-à-dire le vieux model polonais. Ce jour sera moins pittoresque. La descente, par contre, ne présageait rien de bon. Je m’étais engagé sur la piste nord-est qui donne sur la ville de Harrachov de la manière la plus directe qui soit, mais la raideur de celle-ci m’obligea à effectuer un demi-tour express et à emprunter un autre chemin opposé et beaucoup plus agréable contre le vertige. Quelques mètres plus bas, je vis une femme dodelinant sur le même chemin.
La première branche me fouetta la gorge dans un sifflement. Parmi les buissons, et les pins baveux, je me réfugiai dans la forêt qui bordait le chemin. Tant pis si les limaces y avaient laissé des traces de leur passage.
Mi-courant, mi-marchant, je m’arrêtai en tombant enfin sur un chemin cabossé et recouvert de quelques flaques d’eau boueuses. Je le pris à ma droite, vers la pente qui donnait sur la ville (et en espérant que ce fut bien celle-ci).
Aux sommets des montagnes, tout est plus facile. Pas besoin de carte, de boussole ou de radar inconscient pour voir le monde autour de soi et se laisser conduire par ses propres yeux. Rien ne vaut les hauteurs pour retrouver son chemin, alors qu’en bas. Dans cette vie grouillante et agglutinée aux moindres parcelles de terre plane, la direction se fait confusion et la vue se limite au tournant de la route. En bas, je ne vois rien et mon sens de l’orientation, bien qu’assez fiable, se perd dans les méandres de mon esprit embrouillé par l’agitation. La vallée est une perte. Je regarde toujours avec dégoût la vie, plus elle est éloignée et moins je la supporte. Les corps sont parfois répugnants, mort de chair flasque contre les oreillers. Faiblesse incrédule. J’aime haïr mes maîtresses.
Je continuais ainsi à marcher sur le flanc de la montagne jusqu’à m’abandonner tout penaud sur l’une des pistes, directe et raide comme un mort, de la station. Il y a toute une organisation autour de cette montagne, mais rien empêche l’être infortuné de se perdre dans les buissons drus d’une forêt laissée presque vierge, mis à part les quelques arbres coupés faute d’être encore en vie, d’une présence humaine.
Je m’assis donc sur l’herbe brune et jaune de ce coin peu ou moins fréquenté que les autres par les touristes et les marcheurs entraînés. La ville porte en elle-même l’horreur des hommes, me dis-je, et il est vrai que la conjugaison catastrophique des bâtiments dégarnis avec les rues en caleçons, rangers ne peut faire éprouver au malheureux observateur que je suis qu’un rejet de sa propre civilisation. Si des êtres humains n’avaient pas inventé l’art, je crois que je n’aurais pas envers la ville cet amour citadin de haine passionnelle.
Il y’a de beau tissus de connerie parfois.

lundi, juillet 11, 2005

Sonnet

Marcher dans les brumes encore. La haine t’ignore, dis-tu. N’est-ce pas plutôt qu’elle t’adore.
Marcher vite dans les brumes épaisses, point de place pour la réflexion. Les doutes sont prompts à une dissipation qui ne mérite pas que l’on s’y attarde. Dit-on aussi que l’espace est infini et secret. Infini, je ne sais, mais secret, j’aurais quelque plaisir à le réfuter. Qu’est-ce que le secret sinon la mise en oubli de ce que nous savons, il n’y a donc pas de secret dans le ciel immense du journal télévisé. A-t-on déjà fait le tour du problème… Impétueuse planète. Il est des averses, des tempêtes quelconques ou impérieuses, et il est des clartés que je ne saurais décrire.
Marcher dans les brumes, traverser les nuages. L’Elbe sillonne la vallée, minuscule bras d’enfant, encore nouveau né, grave et sérieux avant d’être cette fougueuse autoroute maritime, si large qu’elle inonde le port de Hambourg, à l’autre bout de ce monde là.
Il est des débuts bien surprenant, je suis un torrent, d’eau douce, tortueux et simple ébauche, une esquisse mal dessinée, encore lisse de tous péchés. Fragile et rustre, je suis. [L’héritier de rien en particulier.]
Marcher dans les brumes et finir ma course dans les nuages. Le bus ronronne comme un gros matou blanc, entrer dans un refuge pour réchauffer mes doigts crispés contre la paroi d’un bol de soupe. Un peu pour effacer la rosée qui perle sur mon front. [Je crois qu’elle était là, tout près, et je n’ai rien pu faire]. La serveuse est très belle, me dis-je, belle comme un mannequin oublié dans les montagnes. Pauvre fille, me dis-je. Mais c’est un secret maintenant. La vallée me recueille une fois encore sur son seuil. Elle porte des bijoux brillants mais s’assombrit aussitôt. Pluie diluvienne sur les toits des pensions; le café associé à l’hôtel est ouvert et me laisse une place dans un coin de terrasse. La musique crie juste au-dessus de mon oreille, dommage. Année 50 quand l’œil observe l’an 2000 défiler sur le trottoir mouillé. La vie est mal faite.
Je ne ferais plus rien et ne monterais pas sur la montagne encore ce soir. Je préfère ne rien faire et n’user de rien. Jusqu’à plus soif.

dimanche, juillet 10, 2005

La croix

Toit du monde, un ange se pend et rien ne crie dans les montagnes. La vallée là-bas, tout en bas, parait étroite et sombre du haut de cette montgolfière, et rien ne crie dans les montagnes. Le lent roulis d’une remontée électrique se perd dans un climat de toundra glacée, emporté par le vent qui malmène les mains les plus rugueuses. Rien ne crie dans les montagnes, un ange se pend et laisse glisser ses viscères sur les broussailles pauvres de la pente. Un escalier de gravier. L’eau en rigole étrangement, fendille l’herbe asséchée par les courants vidés de tout obstacle. Et rien ne crie dans les montagnes, tout crisse.

samedi, juillet 09, 2005

Prosim...




Leipzig. N’entrevoir que les toits et les immeubles les plus grands. Une forêt de cheminées, pylônes et colonnes sur la ville. Et cette gare vue tant de fois. La brume comme celle qui s’étend vaguement sur la plaine, je ne l’ai jamais vu ailleurs qu’ici. J’y songe.
Le car enclenche son voyage pour le rêve. Le rêve de ce voyage que je ne ferais peut-être jamais. Les grands froids, la toundra, Hongrie et Slovaquie, les pays Baltes sans parole. En muet, ce sera un long.
Une Tchéquie de prospectus, seulement, et je ne devrais pas dire « Tchéquie ». Les gens du pays établissent toujours une relation entre ce mot et le nazisme.
Contrôle à la frontière, douane légère et entrer dans le vif des montagnes. L’hôtel est à la mode des années 60, j’ai d’ailleurs l’impression que sa clientèle le fréquente depuis sa construction. La plupart des employés parlent allemand, l’heure des repas est incroyablement matinale… et la gastronomie ne fait pas la réputation du lieu. Je ne me sens pas, à proprement parlé, dépaysé, mais je m’y attendais. Plutôt embêté par cette colonie développée au nord du pays et s’entassant dans des hôtels de stations de ski en pleine cambrouse. S’habiller pour le dîner, finir la tasse de café et de nouveau, n’avoir rien à faire. Oubliées, les cartes, oubliés, les dés. Aller de promenade en dîner, de dîner en bar ou fumoir, l’esprit ailleurs, le corps à blanc, les balles au ciel. Ce n’est que le premier soir et déjà je m’emmêle…
La clé est restée dans la serrure, cassée. Rien qu’à les voir, il n’y a plus qu’à se plonger dans l’alcool… au point de rester bêtement assis devant une porte fermée. Va expliquer ça à un plombier Tchèque.


vendredi, juillet 08, 2005

Boucle

Errance lamentable entre un écran vide et un lit défait ; La nuit est passée vite, si vite pour mes membres fatigués. Déverrouiller la porte d’entrée pour la énième fois cette semaine et me plonger dans une soupe plus épaisse que toutes les bouillies connues jusqu’alors. L’aurore est lente, le souffle court, et la brume hypnotique.
Encore une étape avant l’Est et ses retraités allemands, prendre le car à Leipzig demain et retrouver le sourire charmeur de Jacob ce soir. Il empoigne mon index et mon majeur pour me montrer sa plantation de patates. Rire involontaire. Dans douze ans, je t’épouse et je dévergonde Fritz dans les bars berlinois. Se connaîtra-t-on encore, petit cousin d’un jour.
J’ai été interrompu par une voix vacillante au clair de soho; Londres explosait hier et j’étais étendu dans les blés humides de pluie; La voix voltige dans mon air. Rêver de bras doux comme les saisons, enlaçant sans état d’âme les courbes du lit.

jeudi, juillet 07, 2005

Rémunération / les mains rouges

Tu crois que nous pouvons tout penser et tout perdre sans garder autre chose que du dégoût. Tu dis ça en espérant garder aussi les vœux. Tu dis toujours ça mais tu ne sais même pas si tu peux te croire toi-même. Une libellule danse au fond du lit. Je lis les étoiles mais ne comprends jamais rien, tu ne regardes pas ton destin mais veux l´ordonner et l´autre nuit, il pleuvait encore, nous étions corps à corps et personne n´aurait oser parler. La coupure du papier sur ma main, il y a des jours où je voudrais te tuer toi aussi, mais plus encore, tuer la peur qu´on s´offre de l´oublie. Si tu veux on se déchirera, on se tirera dessus avec des billes noires comme des yeux drogués, si tu veux, on ne prendra rien d´autre que les mots pour jeter les peaux mortes, les faire crépiter en regrettant le temps perdu mais ne dit pas encore comment je devrais être, si tu dois me dégoûter. Comment oses-tu te traiter de la sorte… T´abaisser à ne plus même avoir confiance en toi et me railler d´être futile. Comment oses-tu paraître si bête, toi.
Les cavaliers, au loin, trottinent sur la colline, il n´a jamais été question de brûler quoi que ce soit, et encore moins la ville.
Un funambule croule sous le poids de l´absence, on parle de garde, qui a parlé de garder pour après, après quoi déjà..? Je veux garder maintenant, la peau, les tremblements, la moiteur, les yeux intransigeants, et tout ce qui en découle. Tu verses une larme, tant mieux, je ne veux pas que tu te palisses devant d´autres figures, que tu l´imagines même et pouvoir dire de quoi nous vivrons. Je veux être aveugle encore, que les souvenirs que je garderais me mordent de plaisir et de satisfaction, il n´y a pas de raison pour que tout flétrisse sous un pont, tu le sais mais tu dis toujours que tu pourriras dans l´eau sale du souvenir _n´a-t-il pas le droit à la beauté ?_ quand d´autres te remplaceront _n´aurais-je pas droit d´être à ta place ?_. Des déclarations à tout va, on ne sais même pas mesurer une minute. Des feux follets dansent entre les bras des chênes ridés. La lune abreuve tous les péchés.
S´il te plait, tais toi et aime moi, nous nous sommes encore mal compris.

Trouble

Coucher sur le ciel sans que rien éveille mes craintes, c’est ce que d’autre appellerait l’incrédulité. Et c’est ce que je fais. La bruine tombe doucement sur cette moitié de campagne et j’entends les blés soupirer fortement. Un fin crachin gris ... Au loin, Londres explose, je n’écoute pas ce qu’elle expire dans ses bassins et ses boyaux, puisqu’ ici, tout va bien. L’air ne se dégage pas des goûtes qui l’assomment.
Hier, la pluie avait déjà commencé à 3h00. J’ai du forcer la serrure pour me glisser sur le perron, entre la brume et le noir du petit jardin. Une remise à bois au fond. Le froid ne faiblit pas, encore moins la nuit. Rentrer, une odeur de fumée âcre accrochée aux doigts. La maison est silencieuse. Finir un roman pour en commencer un autre et m’endormir sur les pages. Ce matin le ciel ne brillait pas, les volets étaient tirés et je saignais mes désirs contre la porte de la salle de bain. Maudite jeunesse, maudit corps. Trop ensanglanté pour supporter encore […].

mercredi, juillet 06, 2005

Exhalation

J´ai rencontré, une fois, quelqu´un tout à fait à mon goût. Une fille qui me plaisait tellement que j´en avait mal, au-dedans. L´envie de gerber quand d´autres me touchaient ou posaient leurs regards vicieux sur mon corps. Ma chair quémandait ses caresses, souffrant son absence, tremblant à son approche. Elle fit de mon cœur, froid et constant, une marmite bouillonnante sur chacun des regards qu´elle me lançait. Les tressaillements que j´éprouvais alors n´avaient rien en commun avec la faible indifférence que je portais au quotidien, ce quotidien néfaste à ma passion. J´enviais les sourires qu´elle décochait à ses amis, les bras qu´elle tendait à ses proches. Et ma chair priait à en fendre mes habits « pourvu qu´elle se tourne vers moi, rien qu´une fois encore ». J´avais connu des regards, sauvages ou calmes, d´amoureuses alanguis. Mais les siens, sans sentiments que je pusse voir, me flanquaient une peur du moindre de mes mouvements. Je reculais devant sa voix, sans savoir si mes pas me guidaient ou si c´était l´esprit qui dictait cette hésitation. Je passais de la fuite à la quête, guettant vainement l´ombre de ses mèches d´un faux cuivre attirant. Je tombai malade plusieurs fois durant cette période.
Quand je lus, un beau soir, ses aveux comme ses viscères étalées sur une page blanche, l´état qui m´avait enfermé dans une angoisse sournoise pendant les mois d´étouffement, s´était redoublé, quintuplé avec une extravagance honteuse. Je n´avais foi en rien, je me pris à croire en elle. Passant du feu à la brûlure, je sentis, pour la première fois, la moiteur de sa peau contre la mienne, allant de tremblements en défaillances, la chaleur de ses lèvres sur les miennes, d´amour inconcevable en passion désastreuse, son cœur s´enchaîner au mien. Nous fûmes d´une timidité criminelle et d´une retenue sans pareil quand nos chairs criaient à l´obsession. L´été apparut et je me mis à croire en elle, malgré moi et cette angoisse puante des larmes versées au soleil des passions. Je me mis à croire en elle. Et toujours maintenant.
Que pouvais-tu laisser à mes souvenirs, que crois-tu qui en vaille la peine vraiment...

mardi, juillet 05, 2005

Nechst Haltestelle

Les bateaux de touristes font des allers-retours sur les canaux de l´Alster. Le métro à ciel ouvert m´a emporté dans la pleine ville des marchands de la Baltique, un filament aigre dans les pupilles. Tout ca pour rester avec Anke, vieille amie que je regrette de ne pas avoir connue dans sa jeunesse, alors qu´elle peignait encore ses passions à la craie grasse et mate. La ville va me tuer. L´année dernière, la sensation était plus douce, bien que violente. Cette fois, c´est une cruauté exacerbée par le froid qui m´entraîne à la terrasse d´un café trop bien situé pour être peu coûteux. J´ai erré dans les faubourgs moins fréquentés par le beau monde, poussé ma lassitude jusqu´à des contre sens, Sankt Pauli haltestelle, ich fahre nach.. weiß ich nicht wo. Renen, nicht laufen. Pantalon blanc et chemise grise, j´ai l´air d´un vrai pédé, immaculé, pas enculé mais quelques hommes me reluquent : « trop jeune ». Flâner alors que je suis outré, ne riez pas, je vous suis comme un chien paumé et qu´aurait-elle dit en me voyant ainsi ? La ville est lente sous les pas pressés des hommes d´affaire affairés dans leurs serviettes de propreté, la ville est belle sous le regard vitreux d´un SDF ivre, la ville mélange avec audace les coréens en costume d´officier et les junky désoeuvrés sur la promenade du port. Shaker humanisé sous les doigts d´un violoniste faisant la manche. Et je traîne et traîne encore. Une amertume voyante et lustrée. Ce pays est vieux, croulant, et les jeunes suivent les modes avec délectation. Je m´ennuie. Et je traîne mon ennui jusqu´à la terrasse d´un café et je me dis que, décidément, Strauss a écrit de belles choses, dans cette ville, que je ne comprendrais pas avant un moment, et les marins ont des désirs de gueux mais tellement puissants. L´âtre s´éteint. La peur de l´autre. L´ennui vacille. Et la ville est morte, depuis longtemps.

lundi, juillet 04, 2005

Kaufen und rauchen, was mehr ?


Un tour dans les fougères, voilà tout ce qui aurait pu m´arranger. Centre commerciale lumineux et familier au bout d´un chemin familier, et ensoleillé de surcroît. Pour une fois. Le vent frotte ses soubresauts à mon oreille et ralentit ma course. Monter, descendre les étages en oubliant ce que j´étais venu chercher et en repartant, du vert coupant et une joie contenue dans la poche. Ce sera pour plus tard, pour ternir mon image pas bien claire devant d´autres yeux que les miens.
Ouvrir un premier paquet, depuis longtemps, dans l´herbe grasse et non entretenue du chemin pour raviver enfin mon addiction presque favorite, après l´ébouriffement de certaine perruque, cloper. Emballage jaune et lit de verdure en bordure de marécage stagnant mais encore liquide.

dimanche, juillet 03, 2005

Paresse

Tout est habitudes et routine ordinaire. Le vélo cahote sur le chemin bien connu mais dont la distance parait toujours plus grande à l´allée qu´au retour. Le blé me tend ses épis jusque sous ma chemise. Je m´allonge, profitant du temps pour lire un peu en tirant de grande bouffées aux cigarettes amères. Je suis passé devant le magasin, j´avais oublié qu´il était fermé depuis bien deux ans. Dans les rues, le long de la voie de chemin de fer, à travers champs. Personne. L´odeur, pareil, le ciel, pareil, la pluie, pareil, l´ennui, pareil. Se faire une raison, rien a changé mais il n´y a personne. Un voile de langueur s´étend sur un pré encore vert de sa semence. Des oiseaux noirs s´envolent en direction d´un horizon invisible à hauteur de sol. C´est la plaine, plate et angoissante.
J´avais oublié qu´on était dimanche mais le reste, j´ai pas oublié et c´est assez contrariant comme ça.

samedi, juillet 02, 2005

word´s world

Asphalte balayée par les champs et fumigène de bruine sous les hélices lointaines des moulins blancs. La ville approche et me rentre dedans, foule sourde et innocente, meurtrière sans tactique et flamboyante de lassitude. Se perdre. Bêtement.
Pour encadrer la ville à pied et faire semblant de se perdre.
Tracer un juron dans la terre molle du bout de la chaussure. Avaler goulument la fumée pour ne pas agrandir la brume du ciel, se dit-on... Garder ses nuages, ses ombres et ses paysages aveugles. T´ai-je jamais regardé ou gardé, un morceau en morsure ou une morsure en morceau, une éraflure sur la peau et redémarrer la voiture. La ville se marre. Le canal, la voie de chemin de fer, la rivière, le port fluvial. Les paupières lourdes sur une musique assourdissante malgré la nuit que je n´ai pas même apercu. J´ai coltiné un carnet écorché toute la journée pour ne pas relire ce que j´y ai écrit. Je perds. sensiblement.
Pour triturer des images et faire semblant de perdre.
Ce soir sent l´enfermer, la vieille église. La cave blanche où je cherche un cadavre sans ce sang nouveau qui l´éprend. Il ne devrait plus y avoir que les os depuis le temps... l´Autre a fait semblant de perdre, ou pas. L´oscurité est douce à voir, bien qu´affolante.

vendredi, juillet 01, 2005

Aire

Pressés d´arriver à la première halte. Un grand oncle inconnu et une grande tante vigoureuse nous accueillent en pantoufles. Ils ont l´air gentils mais je suis assommé par le voyage. Je laisse Ulrike se débrouiller pour entretenir une conversation dans laquelle je n´aurais, de toute manière, pas eu grand mot à placer. Prendre l´air en écoutant une voix un peu crispée. Les cloches de la cathédrale et l´ange doré de la Basilique se dessinent devant moi, dans l´une de ces impasses pleines d´immeubles de cinq étages en carton-pâte noir et rouge, chacun bien espacé de son voisin. Trois stations-service s´alignent dans une rue et le ciel est emplit de gaz froid. Juste une halte.