Voie Nr.1737
S´emballer devant les affaires déballées, tas de linge propre qu´il faudra répartir ensuite. Je ferme le sac en forcant et en niquant mon pouce sur un bout de métal trainant, et dont l´utilité ne m´apparait toujours pas. Le frère démarre la caisse branlante et je monte à son côté faire quelques courses pour revenir une heure plus tard avec deux caisses de vins blancs et un bouquin chacun. Un recueil de poésie qui ne me servira probablement à rien dans une vie postérieur… Je cours récupérer deux, trois affaires, finir le repassage et fourrer dans le sac une petite bouteille d´eau puis, je me fourre moi-même dans le métro direction.. vous connaissez la route chauffeur.
Il fait beau finalement… presque trop par rapport à mes prévisions personnelles. J´abandonne la visite de la collection ( au-Beaux-Arts-qui-sera-terminée-à-mon-retour-et-que-de-toute-facon-je-sais-pas-de-quoi-il-s´agit-ni-pourquoi-j´y-serais-allé-si-ce-n´est-pour-me-cultiver-et-je-préfère-le-point-avant-le-G-en-ce-moment-alors-tant-pis-j´ai-la-flème-et-ca-excuse-tout-voilà.) pour m´assoire devant le spectacle de l´eau grouillante de bouteilles de coca et autres détritus peu maritimes quoique flottants.. Un pêcheur des villes lance son hamecon au hasard du fleuve et attend lui aussi que l´on vienne y mordre.
Il fait bon vivre ces temps-ci, et, en fait, il fait toujours bon, quoi qu´on en dise. Je m´empreigne une dernière fois de la vue avant de croiser sa silhouette s´approchant doucement. Je détourne le visage avec un éffarement soudain. Oui, l´amour se résume en dates: quand on l´a oublié. La date n´a donc pas d´importance, nous sommes un jour de soleil et de vent, un jour comme tant d´autre et nous sommes seuls pour la première fois depuis des mois d´éfleurement. Elle a mis sa robe noire à fleurs blanches, la même que celle dont elle s´était vêtue sur l´une des photographies que j´ai pu distiller à mes débuts sur sa toile.
Je me relève péniblement, encore dans une certaine rêverie. Nous marchons ensemble, je pars demain, recommencer ma quête sans but connu ou avoué, et elle s´en va dans deux mois commencer une vie un peu plus loin, que je ne lui envierais pas malgré mon optimisme.
Les rues, les places, les ponts, les magasins semblables et distincts, le roman, les rues, les places… son étreinte, mes caresses, au revoir, adieux, à demain. Court voyage qui m´attend seul et j´aurais voulu l´emporter, égoiste, dans un coin de valise. Je garde seulement son ombre qui me suit sur les chemins du cimetière. J´aurais préféré ne pas la retrouver aujourd´hui. Les „au revoirs“ d´hier, c´était bien mais aujourd´hui. Une lucidité emprunte d´amertume acide. Je ne suis pas optimiste, non, surtout quand nous nous éloignerons sur la même voie qui nous a rapprochés.
Ca existe parfois de plus savoir quoi montrer.
quoi voir.
