Ensainte
Etouffer nos colères en soupirs éventrés aux draps . Nature humaine et j’avais sommeil au creux de ta peau, lové dans tes os, douce embarcation aux effluves marines. Je voudrais. Je sais. Je voudrais. Mais je ne sais pas comment. Ca fait comment d’être en toi ?
...à l'interieur des abîmes.
Les ailes fanées
Secousses factices du métro. Froissement nerveux d’un sac plastique à côté de moi. Today, we escape. Banlieue gueularde, des jeunes en survêtement se tapent dessus. J’ai horreur d’être ici, j’ai horreur des ennuis. J’ai horreur d’entendre ces bruits. Prendre un train de nuit pour la Hongrie, croiser Vassilis de retour de Macédoine. Le stylo tremble et tache mes doigts d’une encre noirâtre. Frères de sang en mésopotamie. Delirium de voyages infaisables et je veux y retourner. Un cimetière dans une ville regorgeant de fantômes, amorcer un départ, un peu en retard. Un mois sans te voir, qui sait ce qui peut arriver. Il faut toujours tenter. J’ai perdu les Espoirs il y a bien longtemps et ces mois sont trop courts pour être insultés. Farfouiller la poche à la recherche d’un papier, déranger un bordel insensé, comment faire la différence ? et que faire de la différence…
Lèvres séchées par les tours du cœur, plastique froid sur la colonne vertébrale. Embrasser le verre comme une bouche alléchante. Amertume aux recoins, les ruelles sont froides même dans cette chaleur.
Ombres agréables des cyprès. Les doigts à froisser l’herbe tendre d’une fin d’après-midi, j’ai envie de m’échapper. J’essaye d’avoir envie. Il n’y a plus d’espoirs sur lesquels je puisse m’accouder. Ils ont fanés avec le printemps, printemps des illusions rabougries dans leur vase. « Et à quand la sortie des rêves », demandais-je encore. Il n’est plus besoin de rêver, la réalité suffit à elle-même. Printemps exaspérant d’une fièvre amoureuse trop envahissante. Et tenter les fantômes pour qu’ils m’ouvrent leurs voiles et me soulève d’une terre à la beauté éternelle.
Rubis
Il y aurait eu plus de mal à se faire si. C’est toujours plus facile et on aurait rien perdu dans cette ignorance là.
Lancer des cœurs en porcelaine dans les troncs d’arbres gris. Aujourd’hui, j’avoue, j’ai ri. Avec toutes les fautes que ça implique, je demandais à effleurer quelque chose d’immatériel, et tous le reste me tombe dessus… Corps lourds de compulsions non maîtrisées, lancer des cœurs en porcelaine contre des côtes et encaisser chaque coup comme on se pianoterait. La musique en moins.
Valse étrange de deux impatiences sur un carré de verdure, flamboyante un peu plus tôt.
Il y aurait eu plus de mal à se faire si les cœurs n’avaient pas été de trop.
Apparaître derrière un nuage brun de poussière. Promontoire de retard et fumigènes euphoriques.
Pensées extatiques
Le goût des rayons sur la langue. Ecarter mes doigts le plus loin possible et je ne me souviens de rien. Les pavés, les épaves, la foire, les manèges, la plage, le vide, l’horizon jaune pâle du matin, les paupières gonflées par un vent marin. Le bateau tanguait au rythme des vagues, petites et calmes. J’entends un carillon d’un grenier mal foutu. Des murs de sable et des rues fraîches. Les poignets se tournent avec les serrures, j’n’ai pas parlé, j’ai émit des hypothèses, aussi fausses soient-elles. Et de toute façon, qui se charge d’aller mieux pour les autres ? Tu aurais du ranger tes cartes touristiques avant que le vent ne les prenne. J’aimerai te prendre aussi, t’enrouler autour de mon cou, m’étrangler de tes bras. Et tout ça, ça se pense pas du tout. Ca s’fait, qu’est-ce tu crois.
Ajustement
Il serait temps de dormir. Rendez-vous dans le cloître du coin de la rue. A. n’a pas bougé, J. est un peu plus rouge. Les deux ensemble ne permettent aucune approche. C’est triste, des amies qui n’en sont plus. Encore des inconnues. Trop pressés de se retrouver, avec ces valeurs oubliées, cachées, dissimulées. Enfuies.
Jamais je n’ai dit « jamais ». Aspirer avidement le parfum sucrée et recracher ses tripes sur une électronique flageolante. S’endormir, le visage strié d’un rictus malfaisant. Il y avait des loups dans la ville et mon cou saignait par des pores en pic, une odeur de cafards écrasés tapissant les murs de la cave et la grosse caisse sortait de mon estomac. Partir, vite, et plus aucune volonté, je n’en ai jamais eu, je n’ai jamais dit « jamais ».
Rejoindre d’autres ciels, moins insanes. Une allée de platanes pour colonnade et le ronronnement sourd des voix m’entourant. Une impression d’être zieuté à cinq cent mètres de là. Stresse exorbité dans la foule étouffante, partir, plus vite encore. Rejoindre un autre ciel, un unique, un tout fait de ses fils.
Se détendre enfin sur des visions farfelus, visite guidée d’un royaume trop éloigné pour que je m’y concentre suffisamment, l’œil attiré par une statue de marbre tachetée de mille douceurs.
Pincer le sein de la vertu dans un jardin d’ombre fugitives. Désir ostentatoire et maladie imaginaire. Ecorcher la bienséance et jouer le pantin à modeler sur des nénuphars troués.
Gône's gun
Fatigue écoeurante sur les rayons de la lune. Fermer les paupières grillées par le sommeil quémandant sa tasse de café. Des roses à foison, se coucher entre deux épines et croiser tes piqûres. Mauvais jour pour se croire au paradis. Eclore sur ta rive, tourner les talons, chevaucher les trous de bombes. Une balle et tout peut gicler. Regarder mon hypophyse empreindre la paroi d’une coulée visqueuse
Velouria
Gouttes d’eau sur une tige du temps. Bruine fine puis plus rien.
Velouria
Hold my head
We’ll trempoline
Finally through the roof
On to somewhere near
And far in time
Velouria
Her covering
Travelling career
She can really move
Oh Velveteen
My Velouria, my Velouria
Even I’ll adore you
My Velouria
Say to me
Where have you been
Finally through the roof
And how does lemur skin
Reflect the sea ?
We will wade in the shine of the ever
We will wade in the shine of the ever
We will wade in the tides of the summer
Every summer
Every
My Velouria
My Velouria
Forevergreen
I know she’s here
In California
I can see the tears of shastasheen
My Velouria, my Velouria
Even I’ll adore you
My Velouria -The Pixies-
Accalmies suppliantes
Haut le coeur et sensation étrange de cage entortillée autour du torse lors d’un rituel charnel. Rempilé la tendresse à d’autres corps. Il m’arrive de ne plus savoir respirer. Quand des griffes s’agrippent à mes côtes et ne laissent qu’un mince filet de souffle s’en échapper. Violence amoureuse dans un cocon fait de plumes, pétales nacrés sur le petit matin. La lune est pleine de désirs insatiables, de pudeurs effacées et d’anges violés. Paresse animal sur le petit matin. Tu as dévoilé des sens que je croyais inaccessibles, flancher sous ta souveraineté, me contraindre à abandonner toute lutte. Qu’il ne reste que celle-ci et ses parfums robustes enlacés au poignet jusqu’au lendemain. La lune brille d’un excès vermillon, d’une pâle excitation exhibée sous ses yeux. Faire les funambules sur le fil de la nuit et entendre la rosée se déposée sur nos bouches. Pluie diaphane sur le petit matin. Douloureusement enfouis dans des catacombes de fruits avilis, dessiner des courbes sous une eau loin d’être bénite. Et pourtant, dans l’obscurité des désirs insoumis, une petite bille s’est tapie, patiente et prédatrice. Timide entre les lèvres et se déposant avec réserve. Douce parmi les draps froissés. Un secret partagé, un échange de corps à esprit, et toi, dis.
Je n'ai jamais pensé à demain.
Noeuf
Shay_It_Isnt_So
Coquilles dans la chair, éclore d’un oiseau vil et malin. Lueurs cristallines sur une veillée aux saveurs exotiques, prendre la peine d’aimer autrement que pour des paroles. Alcools gluants sur les yeux, miroir du ciel argenté par les rayures d’une lune honteuse. Caresser la peau des pages en relisant les quelques phrases.
« Oserai-je un jour l’entamer ? ». Sourire à l’innocence et effacer sa bouche avec un pétrole raffiné.
Was mir fehlt
Das find ich absolut lächerlich
Ich hab doch nie gesagt, dass du mir fehlst
Les piétons zigzaguent entre les voitures, des enfants en imper aux bouts des bras. Quelque chose ne va pas dans ce temps, un soleil frais et des nuages qui ne veulent pas s’assembler. Quelque chose se suspend. Je me sens chien, les oreilles rabattues à l’appel de son maître, la queue entre les jambes et le museau humide. Un vrai chien. Et encore, je me sens stupide de penser aussi bassement. Un vrai basset.
Ich hab doch nie gesagt, dass du mir fehlst.
L’air contient toute une galaxie de sombres comètes. Je voudrais tomber dans un autre univers, ce serait préférable, mais attaché, je le suis, et pour longtemps encore. Passer la rambarde, atterrir sur un carrelage grisonnant, dans un univers plus proche de l’actuel. Pousser la monotonie et écouter à demi le détenteur de mes clefs pour finalement me plaindre inutilement d’un faux malheur.
Ich hab doch nie gesagt, dass du mir fehlst.
Air de photographie dans les rues ensoleillées. Riez de moi , pauvres fêlés aux dents jaunes, je suis plus à sa botte que l’asphalte de ces trottoirs. Plus attaché encore que les lacets de ses chaussures. Plus dépendant qu’à l’eau que je dilapide. Plus amoureux, toujours. Et j’en aurais presque honte.
Du fehlst mir.
Nichts zu schreiben
Papillonner dans des bosquets défleuris. A l’assaut du moindre rayon de soleil, j’ai l’impression d’être parti il y a des mois. Comment te reconnaîtrai-je, ville pourrie, si tu changes sans cesse de ton.
Quelques lignes sur des marches et une libellule me suit jusqu’au rivage. C’est seulement un bourdonnement. Un bourdonnement grotesque et je suis stupide, vraiment.
Pointer à l’aube sur les nénuphars, une once de vent siffle dans les couloirs de ma tête creuse. Les yeux bouffés par trop de nuit à dormir comme un refuge contre le malaise. Comme si nul ne pouvait atteindre cet état d’apaisement désespéré. Pauvre paumé dans les antres trop clairs pour ses yeux.
Halten
Une libellule photogénique sur le rebord du verre. Image presque en carte postale. Partir ne tente plus, s’enfuir serait un mot plus juste. Il serait temps de s’éveiller un peu, mais je ne peux marcher loin sans qu’il faille que l’on me tienne la main, un vrai nourrisson enfermé dans ses bouquins. A ne faire que rêver, et même les rêves, alors, ne servent à rien. Je ne bougerai pas d’ici. Pas aujourd’hui.
Sarabande
Glisser avec les gouttes. Pluie battant la fenêtre, observer ses dérives. Un rien pourrait me redonner goût à des choses plus actives. Mais rien n’y fait. Rester collé au matelas troué. Trouver des boites poussiéreuses et attaquer au couteau les détritus d’un placard déjà assez vétuste. Ranger des lignes et des lignes de vies ouatées dans leur coffre. Si jamais. Peut-être qu’un jour je les jetterai. Si jamais.
Vide violé par les parfums vitriolés. Sentir l’essence des sens en sortant ses lignes. Courbes dilapidées sous les toiles d’araignées. Et l’araignée de sa main suffirait à ma tombe.
Sweet androgynie
Clowner Klaus en rêve. Mélanger les genres et te confondre un peu. I wish I was a friend.
Clapet
Alangui sur le lit, levé à midi. Fatigue endolorie. Un épouvantail crache son rire au plafond. Cloué contre un mur de paresses humaines. Ai-je l’air d’un poisson dans mon bocal vide…
The Strangers
Oser botter les fesses de l’absence.
Traversins d’idées alléchantes. Dévier le regard vers cette ombre penchée sur des noms infinis. Délier un peu les contours de ses lèvres dans ma tête. Embrasser son image comme si il me fallait la dévorer toute entière et ne rien laisser traîner dans les pavés des allées rouges. Piocher au hasard parmi les amoureux transis et en retrouver un bien connu. L’air sifflote entre chaque doigt, s’insinue dans les méandres du désir tendre pour se poser doucement sur son épaule. Tendresse affligeante.
Tremper le bout des chaussures dans les flaques d’eau terne. Flaques de centre-ville, sans reflet apparent seulement la boue visqueuse de la pollution et les gravillons des travaux. Contourner l’ombre pour reprendre la bataille, papier froissé taché de rouge. Quelle idée de lire sous la pluie aussi. Quelle idée de lire ça.
Lèvres brûlantes d’un désir constant, les cramer avec un autre feu que les tiennes. Cramer leurs envies sous une pluie qui ne permet pas de s’attarder plus longtemps enlacés à ses pleurs. Silhouette touchante un autre soir, quand la voûte du couloir me permettait de lever les yeux vers elle, rester dans l’ombre de ce couloir, dans l’ombre de sa mémoire aussi.. Pauvres humains, bien faibles de se sentir affaiblis par une ombre si frêle. Bien faibles de ressentir un malaise vulgaire à se laisser attacher. Faibles égoïstes.Des petits picotements aiguisent mes sens, à la recherche d’un abris. Froid friand de chair sur des marches étroites. S’appuyer contre une porte ouverte et tomber dans un empressement frileux. Oser botter les fesses de la tenue en entendant ton souffle entrecoupé dans mon cou.. Souffler fort sur l’horaire. Le parfum de tes cuisses sur ma peau et un léger flottement sur la banquette. Bain de malice et flottement honteux plus il s’éloigne. Marionnettes maladroites sur un strapontin. Baisers et respirations bruissants dans mes oreilles en attendant l’éveil. La nuit commence déjà et le désir attend. encore.
Métromonopolisation
Boite de conserve en péremption permanente. Une musique geint à mes oreilles, comme le frottement d’une vieille cassette usée par la rame d’un métro.. toujours le même son enregistré et le froissement des pas des passagers sur le sol grisâtre. C’était le relent mécanique des portes. Blondes décolorée surexcitée en se trémoussant sur un rythme, indissociable dans les nuées de vapeurs qui m’enveloppent.. J’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose, comme à chaque fois. Faim mais ne peux rien ingérer, soif et le goût salé de la salive sur mon palais. La nuit de ce soir sera délectable après les deux passées à une enfilade de futilités.
Journée détestable, jour détestable. Appréhender la pluie. Attendre le prochain hivers. Croiser de pâles têtes lasses et lassantes. Bientôt plus d’encre à déverser. Ce soir, je rentrerai, m’affalerai sur une chaise et ne ferai plus rien. C’est ce qu’on dit, mais je ne l’avais même pas entendu venir ce mauvais cris strident qui me fait passer du cauchemar au mauvais rêve. Et puis ce soir. Je ne voudrai plus patienter, marcherai tout près de son bras en ayant besoin de paroles mais en ne sachant que dire. Il n’y a que ce chemin sous le ciel. Y’a-t-il plusieurs ciels. Ce soir, je ne sais même pas si j’avalerai quoi que ce soit. Besoin de toute sa personne mais pas déçu pour autant de revoir enfin la pluie. Trombes d’eau sur la fenêtre et ici, le train ne passe pas. Le vent ne souffle pas. Le soleil n’entre pas. Mais la pluie caresse les carreaux du toit, comme l’impatience caresse mes mains envieuses. Tu finiras par m’achever mais il faudra encore attendre.
Griffes de Brief
Attendre l’attente. Encore. Caché dans les ombres, caché dans les arbres. Attendre l’attente. Attendre la fin d’une attente affamée. T’attendre.
Croquer la friandise. Des fourmis se sont disputées pour une histoire de miette de pain. Une sirène a sonné dans la ville et j’ai cassé la cloche du couvent. A un moment, je savais quoi écrire, quelles phrases dire, quel rêve retranscrire. Avant de crisser le cerveau sur des pages. Cerveau mou. Et c’est bête d’oublier si facilement. A un moment, je notais ce qui se passait, je me souvenais au moins sur papier, je pouvais me ressasser… C’est vraiment bête. La foule s’engouffre dans les antres des magasins en fleur, la houle n’est qu’un mirage et un flocon de pollen flotte autour de ta bouche, prisonnier de tes mèches. Ce n’est pas la mer à boire que de regarder un peu. Ce n’est peut-être pas ce que j’aurais dit ailleurs et si peu de chose sont belles pour les pupilles. Pourtant, j’aimerais garder les yeux rivés sur toi, me confondre en excuses pour toutes ces choses que je frôlerais de mes doigts sans les toucher ni même les remarquer vraiment. Je sonnerais presque ma fin. J’ai perdu cette bataille. J’ai perdu beaucoup de sang aussi.
Soleil d’or sur les paupières. Tu m’aspires trop. Soleil d’or sur tes paupières. Et tu coupes plus mes épines que ma chair. Dehors, lumière dorée et duvet de pollen flottant dans l’air.
Nicht fragen
Vaine subsistance des allées aux horizons amers. Azalées flétries dans un pot de colle.
J’ai passé autant de temps à attendre qu’à être attendu. Une mousse de poussière grise sur les cheminées tendues. Pincée de sel dans l’eau, si quelqu’un s’y jetait. Le feux se propage plus vite lorsqu’il y a du vent, parait-il, je ne me souviens plus si il y’en a eu aujourd’hui. Silence sonnant presque faux. Une écorchure sur la pierre et les minutes coulent vite lorsqu’il y a du courant. Piocher quel moment sera le bon. Cette nuit, je crois, j’ai rêvé d’un viol. Je crois que c’est ça ce qui m’a réveillé.
Aujourd’hui, je n’ai rien fait de mauvais et ce rêve, ce n’était pas moi.
Rien fait de mauvais. A part succomber à une certaine forme d’intuition qui me dit que chaque instant est trop court pour ça. Qui me dit que, bien sûr, cette fin de semaine passera trop rapidement pour te voir. Bien sûr.Tant pis.
Mutilatio ou le jour sans commencement
Miauler sa perte, ça peut se faire ça ? Tout se fait… Un chat noir observe la fumée du café brûlant posé sur mon sternum. Une plaque de four repose sur l’égouttoir. Elle est restée là toute la nuit. Je la range. Quelques miettes de pain traînent encore sur la table. L’essuyer lentement. La douche tiède et ce tournis continuel. Vaciller sous l’eau, c’ n’est pas la fièvre.
Réveillé trop tôt et ne pas chercher le sommeil. Il ne viendra pas visiter la maison ce matin. Une tasse altérée par un usage frénétique attend ma sortie. « Tu bois pas assez, il te faut plus de liquide. » Oui. Pas bien hydraté, pas bien constitué, pas bien fort, pas bien fini, pas bien. Maison vide et café imbuvable.
Rentrer dans d’autres demeures.
Poursuite du temps précieux. Ce n’est pas lui qu’il faut sans cesse remettre en cause. Au contraire, oui.
Poursuite d’un allié précieux puisqu’il me fait espérer ta venue chaque jour. Puisqu’il me fait patienter chaque jour le prochain.
Allié. Pas ami.
Combien de temps encore fera-t-il gris dehors. Et dedans alors ?
Into the sea
Flaque écrasée contre un mur. Dégouliner de toute part. Et il n’y a rien ici. Beaucoup trop pour tout prendre. Qui est le piégé, au fond. Qui sera le meilleur. On s’en fout.Pleuvoir des cordes nouées aux cieux. Ce n'est pas moi, pardon.
Out of the sky
Sale cielSale ventSale terreSales gens
Esteban
Trains d’idées fourmillants dans l’esprit. Est-ce que tu lis, parfois, d’autres horaires que ceux-ci ?
Tour de ville, pantins sur un manège. Tour du cœur. Le toit ne recouvre plus les départs impulsifs. Le café était froid. L’air était froid. J’étais froid. Et toi ? Coexistence du froid et de ta chaleur. Poids des heures.
Glacé sur ce que j’imaginais être un parvis d’église. Jeudi, que s’est-il passé ? La mémoire avariée comme depuis trois ans. Pièce cuivrée sans dessin. La couture de la bouche prend des airs de tourment. Comment peux tu dire ça ?
Tressaillir sur chaque pierre. Galets terrassés par les avalanches. Un jour, toujours, il faut partir. Retourner la pièce cuivrée, sans inscription.
Un jour, toujours, on trouve un sens.
Crachin et poids lourd sur les heures. On ne perd pas à ce jeux là.
Nerfs stagnent
Entendre le ciel cracher ses glaires ce matin. Abdomen de la fenêtre percutée par des rafales de gouttes.
Je gémis encore un peu. A la recherche d’un rêve où s’accrocher. D’une silhouette évaporée. Si peu de clarté par l’entrebâillement de la porte. Tout dort encore et c’est si beau de voir les prémices s’évaporer pour atteindre leur but, l’œuvre finale. C’est si beaux toutes ces veillées avant le jour d’achèvement. C’est si beau cet instant d’avant.
La terre gonflée d’eau et le ciel d’un gris somptueux. Immense et inaccessible. Plus vastes que les pensées qui me viennent. Elles se rejoignent toutes comme les petits bras des cours d’eau minuscules se regroupent en un filet sinueux entre les graviers. Toutes pour enlacer de leur chemin tes apparitions et tes disparitions. Evaporée dans l’air humide.
Plis
Vapeur de mal et de douleur. Plisser les lèvres pour former une injure à soi-même. Insomnie des jours, sombrer, lentement, sombrer.
Et j’étais presque heureux en voyant cette pluie, presque heureux de recevoir la fraîcheur de la nuit en errant dans un parc ce matin. Mais trop de vide tue toute continuité. Il y aurait des choses à faire, des paysages à observer. Et des souvenirs à oublier. Il y aurait tant et si bien que plus rien ne vient bousculer cette lente agonie de toute fantaisie. Et les heures passent. Sans fierté, sans rire de nous non plus.
Lente agonie des jours et des nuits sans rêves, plus aucuns dont je me souvienne. Se reposer pour se reposer, dormir pour dormir, sans amour pour ces draps usés, sans fatigue, vraiment.
Et attendre que tu passes sous la fenêtre des jours et des nuits, attendre que tu passes. Sans volonté, aucune, mais toujours plus asservi. Sans volonté, plus qu’une, ne pas glisser la paume trop loin de ton épaule. Rester.
Pas
Penché sur de vieilles calligraphies. Lire les textes les moins saints possible en apprenant la leçon. Vieilles calligraphies et elle me poursuit, où que j’aille, je voudrais dire que j’n’ai pas peur, me protéger avec des pinceaux pointus mais elle reste là. Où que j’aille.
Penché sur de vieilles calligraphies, pointer le soleil et enfler la crainte.
Couteaux sales
Je voulais me ruiner d’avoir appris à jouer avec les couteaux et non pas avec la tendresse, ou si peu. A la fin de cette histoire, me ruinerai-je d’avoir été si haineux et si déplorable ? Me ruinerai-je en te blessant aussi ?
A ces lunes inconstantes, je murmure ce que la rose ne saurait entendre. Les nuits inconsolables où le loup n’hurle plus, les nuits où le crépuscule d’une bougie enflamme les désirs incertains. Ainsi soit-il, je ne mourrai plus comme ces insectes grillés par la lampe. Attirés par son éblouissante farce. Ainsi furent-ils. Ainsi ne serons-nous jamais.
Je voudrais me ruiner de te faire du tort parfois. Les jours meilleurs ne sont pas appréciés d’autant plus. La rose n’embaume pas plus les rives du temps. Et les insectes remontent les manches en fil sans se soucier de leur victime.
Souvent aveuglé par la bêtise, très peu satisfait par le génie, je n’ai jamais su te voir et ne te verrai peut-être jamais. Faut-il encore chercher le coupable qui a tranché le bras du malade ? Tiraillés, nous le sommes tous, par des questions sans fonds. Des précipices à la joie… et seuls les cons sont heureux ? Railler la vie si belle puisse-t-elle être, nous le faisons tous, en chœur dans un métro, les yeux bridés par la fatigue. Montrer les dents et tirer la langue aux oiseaux, je le fais trop.
Me ruiner de te blesser parfois serait une peine comme une autre. Peiné par ton allure d’intouchable que je vois trop. Peiné de ne pas savoir si je saurai te peindre un jour. Peine d’être encore des étrangers, inconnus de nous-même, et de ne pas parler un langage plus proche de celui dont nous rêvons.
Ruines sombres sur la colline. Un château brûle d’une lumière violacée. Et des ombres le parcourent empreignant la vieille pierre de cris déchirés, empoignant les blocs les plus anciens pour les emporter avec elles dans leur tombeau précieux. Un château se fend de tous côtés. Rongé par les mains qui viennent s’y promener, et ces ombres qui errent et s’enracinent de toutes parts.
Envahis par tes écorchures, hanté par la brûlure de tes lèvres, la lune ne cessera pas de se cacher.
Grotesk
Poisson dans son bocal. Bulle silencieuse où reposer, un peu tendu, la jambe raidie par la douleur de la veille. J’ai tenté de me reconstruire mais chaque brique était branlante lorsque je croyais cimenter mon édifice. Et le bâtiment s’ébroue. Il y’en aura toujours assez que nous ne comprendrons pas.
L’humeur catastrophique tempête dans un bocal. Poisson hors de sa bulle silencieuse. Poisson mort. Les néons ne m’attirent plus, le soir. Les insectes ne mourront pas ce soir. Ne parlons pas des songes. Ils sont si lointains maintenant que le ciel en devient proche. Et l’horizon, le vois-tu encore ? Bougonnant dans son coin, royaume céleste pitoyable. Et les rêves, les vois-tu encore ? En lambeaux sur les collines rasées des grandes plaines. Gonflés par le vent, vidés de leur sang. Il n’y a plus que la haine.
Grandissante, à tout va, elle se dépose sur mes lèvres en baisers enflammés. Je ne parle que de toi mais l’entendras-tu… Il y’en aura toujours assez que nous ne comprendrons guère.
Guerrier abattu les bras déliés sur les peuplades enfouies. Et puis… Et puis lassé de tout délaisser, lié de lacets desserrés sur mes dernières volontés. Fâché par tout pour rien, humeur catastrophique quand le jour n’est plus celui que je croyais, quand ce qui brillait se terni de servitude. Anarchie dans les cervicales. Nerfs bouillis un jour de pluie. Poisson hors de sa bulle au silence exaspérant. Poisson mort une nuit, en entrant. Ich bin dagegen. Doch kann ich nicht mehr mein schrei hören.
Schwere Nacht
Fermer un instant les yeux sur les plaines sibériennes à la frontière de la Mongolie. Moines bouddhistes transsibériens sous le régime communiste et ne penser qu’à la feuille blanche, posée délicatement sur le rebord de mes lèvres. Le stylo nargue mes doigts froissés par le sommeil mais aucune suite ne vient.
Il me manque atrocement de vocabulaire et embrasser la feuille vide d’une chair de mots flasques ne sert à rien.
Lignée
Ecrire est une forme de combat. Presque une lutte acharnée entre chaque mot. Entremêler chaque lettre sur un lit de papier lisse, les entrelacer d’une douceur ou d’une violence ahurissante pour donner vie à la jouissance d’une phrase plaisante. L’absurde bonheur d’une phrase aux contours éphémères et à la sonorité sensuelle, écrire permet l’état d’infime plaisir auquel succomber n’admet aucunes peines.
La ligne fine et gracile se détachant de toute forme de réalité, survolant les lourdeurs de la logique et se laissant glisser avec une fluidité folle dans les méandres des draps de notre esprit. Mots saccadés parfois, faisant place à la gêne de celui n’osant pas les émettre et à sa honte de ne pas savoir quel ordre choisir dans sa confusion. Et même ces mots sourds, enfermés dans les rides de la main, prêts à s’épanouir sur la feuille tendue là, gardent en eux la puissance enragée de la vérité dans leur silence.
Ecrire n’a pas de noblesse à avoir mais dégage une telle force que mes mots s’entrechoquent sur leurs lignes, demandant pardon pour les ratures et remerciant leur lecture.
Mais je ne saurais écire un "je t'aime" sur une onde que ton ouï pourrait lire.
Sag mir morgen früh nochmal, dass wir glücklich sind
Berges bredouilles. Penchés au bord du bocal pour toutes les amnésies possibles, entendre les piaillements de notre folie douce engueuler la responsabilité du temps. Et c’est un jour comme un autre qui se couche sur les joues d’un amour impatient. Il pousse des mauvaises herbes des décombres d’une ville et celles-ci n’ont pas le parfum aigre que leur nom pourrait présager. Mauvaise herbe adorée penchée sur le bord d’un bocal.